Attention au génie

Génie Génial

Génie Génial

La Fille a lu un ancien article paru dans la presse canadienne en 2009.

Attention, cet article est américain (non, ce n’est pas grave.. juste il fait référence à des tests non utilisés en Europe).

Vous pouvez le lire là


Jean-Jacques Rousseau était d’abord et avant tout un gourmand paresseux qui dormait à longueur de journée, mais qui avait parfois des élans de génie sur papier. Wayne Gretzky est un génie sur la glace, pas nécessairement dans la cuisine. Un politicien moyen, au QI moyen, offrant une vision de société parfois inférieure à la moyenne, peut tout de même être génie de la rhétorique.

Pour la même raison que savoir lire à 3 ans ne fait pas de quelqu’un le futur Nobel de la littérature, le fait d’être propre à 8 mois ne devrait pas être pris pour une prédisposition à devenir médecin ou avocat.

Donc, si l’on peut être génial sans être génie et avoir du génie sans être génial, à quoi sert le terme? À force de qualifier un enfant de surdoué, est-ce qu’on lui rend service? Au même titre que de catégoriser les gens d’idiots ou d’imbéciles peut dépersonnaliser des troubles de l’apprentissage, utiliser des superlatifs positifs comme «génie» peut avoir des conséquences négatives sur le développement intellectuel et social d’un enfant.

Ayant enseigné les relations internationales aux Center for Talented Youth (CTY) de l’Université Johns Hopkins de 2006 à 2007, des enfants dits surdoués, j’en ai vu. La majorité de mes étudiants étaient curieux, motivés et surtout, se moquaient d’être «talentueux» et comprenait la différence entre ce qu’ils ressentent et perçoivent, et ce que les tests peuvent bien en dire.

D’autres, moins chanceux, vivaient mal l’expérience: burn-out à 14 ans sous la pression de performance provenant des parents; sinon, perte de confiance soudaine, dès qu’un concept difficile venait bousiller l’attente que tout doit être facile quand on est «génial».

Dire à un enfant «tu es capable de tout, tu es un génie» peut être aussi grave que de lui dire «tu n’es capable de rien, tu es imbécile». D’abord, l’un ou l’autre implique qu’on lui impose un cadre analytique extérieur, impersonnel et universel, qui le définit, plutôt que de créer un espace dans lequel l’enfant peut se définir lui-même. Mais plus grave encore, on entre dans un système de pensée circulaire, par lequel les attentes et les exigences sont conçues pour valider ad absurdum une prémisse boiteuse. Ainsi, le con déconne et le brillant brille.

Au-delà des effets de l’étiquetage, posons-nous la question plus fondamentale: si aucun d’entre nous n’arrive à définir de manière crédible le phénomène de l’intelligence, pourquoi autant de personnes croient-elles pouvoir le mesurer? La réponse est simple: il n’y pas de mesure véritable, seulement une décision d’accorder à certaines capacités intellectuelles le statut de «preuve» du génie.

Par exemple, pour être admis au Ivy League ou au CTY, il faut performer sur les tests standardisés SAT, qui vérifient les connaissances en mathématiques et le vocabulaire des jeunes. Aucune garantie que l’un ou l’autre de ces talents alimentera nécessairement un bon travail en relations internationales.

Avec ces tests, on ne mesure pas l’intuition, l’imagination, la persévérance, l’aptitude en recherche ou la créativité. Les tentatives de comptabiliser le génie n’obéissent aucunement les trois plus importants piliers de la science: il faut une hypothèse claire pouvant être prouvée fausse, il faut des données mesurables se rapportant directement à l’hypothèse, et la règle d’or, il ne faut jamais baser de grandes généralisations sur les résultats.

Avant même de chercher le génie, ceux qui écrivent les tests se disent l’avoir déjà trouvé. Ensuite, on calcule des données disparates généralement tachées par des prédispositions culturelles et de classe sociale, et finalement on utilise cette pseudo-science pour prédire (et valider à coup de beaux diplômes) l’avenir et les compétences des jeunes.

Le génie n’existe pas à l’état pur, en suspension dans quelques neurones attentives. Quant à moi, un enfant qui peut réciter une vignette entière des Têtes à claques est aussi brillant que celui qui régurgite une longue liste de mots à quatre syllabes ou des expressions latines comme ad absurdum. Mais bon, ce n’est pas moi qui écris les tests. D’ailleurs, si j’avais un tel luxe, je ne choisirais que des questions auxquelles je saurais répondre. Preuve ultime que le concept est ridicule.

L’auteur est doctorant au King’s College de Londres et ancien professeur de relations interna-tionales au Center for Talented Youth, à l’Université Johns Hopkins, à Baltimore.

 

La Fille se dit bien que les parents d’EIP se débattent plus souvent avec l’échec scolaire ou le mal-être de leurs EIP qu’avec la notion de génie. Bon, OK, La Fille en a rencontré quelques uns des parents déraisonnables.. mais il faut de tout pour faire un monde, et les extrêmes ne sont pas la réalité du grand nombre.

Ensuite, si La Fille a mis cet article en ligne, c’est pour attirer l’attention sur ce que l’on attend de ces enfants talentueux…Alors, elle le répète, c’est loin de l’attente des parents (dans leur grande majorité), mais pas si loin de l’attente de la société, des enseignants, des non-initiés.

Et pour transposer.. les tests de QI ne sont pas tout (elle n’a pas osé écrire « ne sont rien »;) et sûrement pas prédictif de la réussite personnelle, sociale et professionnelle de chacun (qui y mettra ce qu’il veut, qui n’est pas toujours , souhaitons-le, ce que la société pense).

Maintenant.. La Fille n’est pas d’accord avec tout l’article  :alay loin s’en faut. Mais il peut ouvrir le débat!

Avec mots-clefs , , , , .Lien pour marque-pages : permalien.

2 réactions à Attention au génie

  1. « Jean-Jacques Rousseau était d’abord et avant tout un gourmand paresseux qui dormait à longueur de journée, mais qui avait parfois des élans de génie sur papier. Wayne Gretzky est un génie sur la glace, pas nécessairement dans la cuisine. Un politicien moyen, au QI moyen, offrant une vision de société parfois inférieure à la moyenne, peut tout de même être génie de la rhétorique. »

    >> Cela n’empêche pas l’autre ; ce n’est pas incompatible.
    La définition même d’un génie est le fait de posséder des capacités hors normes dans un domaine précis et uniquement dans ce domaine; ce peut être quelqu’un au QI moyen qui a développé par ailleurs certaines capacités ou des personnes qui ont d’autres difficultés comme les autistes de haut niveau. Je vous renvoie vers les justifications de Gardner en ce qui concerne l’existence de ces huit intelligences.

    « Pour la même raison que savoir lire à 3 ans ne fait pas de quelqu’un le futur Nobel de la littérature (…;) »

    >> Certes ! En même temps, les prix Nobel ne sont que très peu distribués au regard du nombre d’enfants qui savent lire à trois ans.
    Au-delà de ça, il est question de l’utilisation des aptitudes des enfants et surtout du blocage ou de l’inhibition de ces aptitudes à cause de la pression normalisatrice de la société.

    « Donc, si l’on peut être génial sans être génie et avoir du génie sans être génial, à quoi sert le terme? »

    >> Etre génial et avoir du génie, ce n’est pas la même chose.

    « À force de qualifier un enfant de surdoué, est-ce qu’on lui rend service? (…;) Utiliser des superlatifs positifs comme «génie» peut avoir des conséquences négatives sur le développement intellectuel et social d’un enfant. »

    >> La plus grande confusion de l’auteur de cet article et l’amalgame qu’il fait entre « surdoué » et « génie ». L’enfant ou l’adulte surdoué ne sont pas des génies : ils présentent des hautes performances dans tous les domaines (s’il n’y a ni blocage ni inhibition); alors que comme je l’ai dit plus haut, le génie manifestera de hautes performances (qui seront d’ailleurs encore plus hautes que celle du surdoué) uniquement dans un domaine précis.

    De plus, il n’est pas question de rabâcher à chaque seconde à son enfant qu’il est intelligent, mais de lui expliquer sa différence afin qu’il puisse s’épanouir.

    Je rencontre beaucoup d’adultes surdoués qui n’ont pas été détectés et qui sont dépressifs car, se sentant différent des autres sans savoir pourquoi, ils s’imaginent fous.

    C’est donc le fait de ne pas lui dire sa différence qui « peut avoir des conséquences négatives sur le développement intellectuel et social d’un enfant » et non l’inverse !

    « La majorité de mes étudiants étaient curieux, motivés et surtout, se moquaient d’être «talentueux»  »

    >> Ah mais là on est d’accord, les surdoués sont curieux, motivés et surtout n’ont pas l’impression d’être si « talentueux » que ça !

    « D’autres, moins chanceux, vivaient mal l’expérience: burn-out à 14 ans sous la pression de performance provenant des parents (…;)

    >> Malheureusement ça existe aussi.

    « Perte de confiance soudaine, dès qu’un concept difficile venait bousiller l’attente que tout doit être facile quand on est «génial». »

    >> Encore une fois, ils ne se sentent pas géniaux. Cette perte de confiance vient de leur perfectionnisme, et des attentes qu’ils se fixent eux-mêmes, et ce, même lorsqu’ils ne se savent pas surdoués.

    « Dire à un enfant «tu es capable de tout, tu es un génie» »

    >> Personnellement, je n’ai jamais entendu quelqu’un dire ceci à son enfant. Il est surtout question d’encourager l’enfant à surmonter ses difficultés pour ne pas qu’il perde confiance en lui.

     » Ainsi, le con déconne et le brillant brille. »

    >> Malheureusement aussi, souvent le brillant déconne et est en échec scolaire.

    « Il n’y pas de mesure véritable, seulement une décision d’accorder à certaines capacités intellectuelles le statut de «preuve» du génie. »

    >> Je suis d’accord sur le fait que les tests mesurent uniquement certaines capacités intellectuelles ; par contre ces tests ne sont pas créés pour détecter des génies ou des surdoués, mais pour mesurer l’efficience des capacités intellectuelles chez des gens en intelligence normale, voire en dessous de la norme. Il suffit pour cela de se référer à la validité de ces tests chez les haut QI : elle est très moyenne.

    « Par exemple, pour être admis au Ivy League ou au CTY, il faut performer sur les tests standardisés SAT, qui vérifient les connaissances en mathématiques et le vocabulaire des jeunes.  »

    >> Comme l’auteur le dit lui-même, ces tests mesurent des connaissances et non les capacités. Les connaissances sont par définition acquises lors d’un enseignement ou en autodidacte ; alors que les capacités sont innées.
    Pour voir à quoi ressemble ce fameux SAT :
    http://www.collegeboard.com/prod_downloads/sat/satguide/SAT_Full.pdf

    « Aucune garantie que l’un ou l’autre de ces talents alimentera nécessairement un bon travail en relations internationales. »

    >> Certes ! Mais pas tout le monde n’a envie de faire des relations internationales non plus !
    Et comme dit juste au-dessus, ce test est un test de connaissances et non de capacités intellectuelles.

    « Avec ces tests, on ne mesure pas l’intuition, l’imagination, la persévérance, l’aptitude en recherche ou la créativité.  »

    >> Je suis d’accord ; et il y a d’autres tests pour mesurer ceci.

    « Il ne faut jamais baser de grandes généralisations sur les résultats. »

    >> D’accord aussi ; et cela dépendra des compétences du psychologue qui administrera les tests. Je précise qu’il n’y a que les psychologues qui sont habilités à passer des tests d’intelligence.

    « Avant même de chercher le génie, ceux qui écrivent les tests se disent l’avoir déjà trouvé. »

    >> Oh que non ! C’est qu’on ne pense pas à eux au départ.

    « On utilise cette pseudo-science pour prédire (et valider à coup de beaux diplômes) l’avenir et les compétences des jeunes. »

    >> Malheureusement, avoir un haut QI n’amène pas forcément de beaux diplômes et une belle vie professionnelle.

    « Le génie n’existe pas à l’état pur, en suspension dans quelques neurones attentives.  »

    >> Ben si, justement il existe ! et il se trouve beaucoup plus que dans quelques neurones !

    « Quant à moi, un enfant qui peut réciter une vignette entière des Têtes à claques est aussi brillant que celui qui régurgite une longue liste de mots à quatre syllabes ou des expressions latines comme ad absurdum. »

    >> Cela ne fait pas appel au mêmes fonctions cognitives : dans le premier cas, l’enfant s’aide du contexte et de l’humour, plusieurs zones cérébrales sont activées et le rappel est plus facile ; alors que dans le second cas, il n’y a aucun lien entre les différents éléments à retenir, seule la mémoire est sollicitée (ou presque).

    « Preuve ultime que le concept est ridicule. »

    >> « Preuve ultime » que cet auteur est ignorant dans le domaine du haut potentiel, du génie, et des tests d’intelligence, et qu’il confond les connaissances avec les capacités.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

80P 26X

Please type the text above:

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

[+] kaskus emoticons nartzco