Etude sur le saut de classe

Saut de Classes
Etude sur les sauts de classe
Merci à l’Asep pour cette étude suisse sur le saut de classe.
Cette étude, sortie le mois dernier, est longue mais vaut le coup d’être lue. Elle est complète et porte sur

« Le saut de classe à l’école primaire genevoise. Etude rétrospective sur 17 ans de dispense d’âge (1993-2009) »

On y trouvera des chiffres (par exemple le fait que durant les années 2000, le chiffre des demandes oscillait entre 150 et 200 demandes annuelles alors qu’il était compris entre 90 et 130 durant les années 1990, ou que les enfants qui ont sauté une classe représentent 0,4% de la population scolaire).

Mais aussi, le plus intéressant, des études sur le long terme.

On y trouvera

Table des matières
L’essentiel en bref
Les sauts de classe des enfants scolarisés dans l’enseignement primaire public genevois
Les dispenses accordées aux enfants provenant d’une école privée genevoise ou de l’extérieur du canton
1. Introduction
2. Le saut de classe : une mesure réservée aux enfants à haut potentiel ?
3. Quelques éclairages apportés par la recherche
4. Le saut de classe à Genève : description du dispositif
5. Objectifs de la recherche et méthodologie
6. Les enfants candidats à un saut de classe provenant du système d’enseignement public genevois
7. Les enfants candidats à une dispense d’âge provenant d’une école privée genevoise ou de l’extérieur du canton
8. Conclusions
Annexe : Régression logistique multinomiale
Références

Un petit extrait sur du chapitre 2

Le saut de classe est la forme la plus courante et la plus connue des mesures d’accélération de la scolarité. Ces dernières peuvent toutefois prendre d’autres formes comme notamment l’entrée anticipée à l’école ou encore la concentration de programmes scolaires sur un nombre d’années plus restreint que la normale (par exemple sur trois ans au lieu de quatre). D’autres mesures encore existent comme différents types de programmes d’enrichissement. Ces mesures peuvent donc théoriquement profiter à tout élève en avance sur sa classe d’âge, bien que dans les faits, ce sont souvent des enfants HPI qui en bénéficient. Par ailleurs, tout enfant identifié comme ayant un haut potentiel intellectuel n’est pas nécessairement brillant scolairement.

Ce rapport (Delaubier 2002) répartit les pays en quatre catégories correspondant à quatre niveaux d’engagement, allant d’une position très engagée en faveur des surdoués à une opposition à toute mesure de discrimination, les deux catégories intermédiaires étant une prise en compte officielle de la situation mais sans application systématique, et un intérêt pour la question mais sans prise de position explicite. Ce
découpage doit encore être nuancé par le fait que dans certains pays, la situation est très variable d’une région à l’autre (comme en Suisse dans les différents cantons) ; et également par le fait que les politiques éducatives et les objectifs visés ont souvent beaucoup évolué entre les années d’après-guerre et aujourd’hui. En résumé, le rapport relève que des pays dont la situation géopolitique est tendue, comme Israël ou Taiwan, favorisent le repérage des meilleurs élèves, l’accélération de la colarité et la constitution d’élites, non pas pour le développement plus harmonieux des individus doués qui s’ennuieraient dans leur classe, mais bien dans l’espoir d’une « plus-value » scientifique ou économique d’importance stratégique. Les États-Unis sont eux aussi classés dans cette catégorie par les auteurs. A l’autre extrême se trouvent les pays scandinaves qui, par refus d’établir une discrimination entre les élèves, n’opèrent pas de sélection entre ces derniers, la politique d’éducation de ces pays visant à donner les mêmes chances à tous. Les classes sont hétérogènes plutôt qu’organisées en sections, l’intégration de tous les élèves dans une même classe est favorisée, l’entraide entre élèves plutôt que la compétition est préconisée. Au Japon, l’équité est également favorisée : il n’y a ni redoublement ni saut de classe, les classes sont très denses (30-40 élèves), et la classe est organisée de façon à
encourager les échanges filles-garçons et la cohésion du groupe-classe plutôt que les amitiés interindividuelles.
Le rapport Delaubier met en évidence la diversité des choix accomplis d’un pays à l’autre. Ces choix sont effectués selon les réponses que les politiques éducatives nationales donnent aux points suivants:
– repérer les élèves doués et les aider à se développer, dans l’intérêt collectif ;
– permettre à chacun de développer ses aptitudes et particularités ;
– réagir à la situation d’élèves en échec bien que surdoués ;
– conserver l’égalité des chances devant l’école, ne pas introduire de discrimination.

La Fille vous laissera découvrir les différentes politiques des différents pays et vous laisser choisir votre future patrie d’adoption scolaire 🙂 La Fille a été étonnée de lire que les pays scandinaves ne reconnaissaient pas les EHP, principalement parce qu’ils trouvaient cela non-équitable.

Les pays scandinaves (Danemark, Norvège et Suède, mais sans la Finlande) partagent, quant à eux, le souci d’une école qui ne fait pas de différence. Aucun terme ne désigne les élèves très doués par souci d’équité envers les autres enfants et afin de ne pas identifier une certaine catégorie d’élèves qui pourrait induire par là une forme de discrimination. La loi souligne l’importance de fournir des
expériences « égales » à tous les élèves. Les auteurs relèvent qu’en Suède, le fait de fournir des opportunités spéciales à des élèves doués est considéré comme une mesure non démocratique.

Pour les représentants du Danemark, les élèves doués réussiront quelles que soient les circonstances

Là, la Fille a bondi.. mais vous ne l’avez pas vu!

Les auteurs du rapport ajoutent une précision pour la Finlande (qui n’est pas la Suède, ni la Norvège)..

« Ils avancent à leur propre rythme et non à celui d’un groupe-classe. Dans ce sens, le système éducatif finlandais est déjà tout à fait adapté à la scolarisation des enfants surdoués. « 

La Fille est à moitié rassurée, parce que cela ne reconnait tout de même pas l’EHP dans sa globalité et sa différence, juste dans son parcours accéléré (ce qui en comparaison d’autres systèmes n’est pas si mal… mais bon.. les rêves d’idéaux…..)

Mais à lire ce qui se passe Outre-Europe parfois, la Fille frissonne et se dit que la Zébrette a bien de la chance d’être née ici et maintenant (ceci dit… il y a 20 ans de ça, la Zébrette n’aurait jamais pu être conçue, même si ses parents étaient déjà ensemble depuis un lustre, la médecine commençant à peine à maîtriser les techniques grâce auxquelles elle est venue au monde).

Quant à la Suisse, enfin, au canton de Genève..

« A Genève, la question de la surdouance en lien avecl’école n’a émergé que depuis quelques années. Ce sont plus particulièrement les parents d’enfants HPI qui ont amené ce débat sur la place publique en revendiquant une meilleure prise en considération des besoins spécifiques de leurs enfants.[…]Si, au niveau de la politique éducative du canton, le débat était ainsi clos, cela n’a pas empêché que la question des enfants HPI a continué à nourrir les débats dans les médias et à inciter les parents concernés à mener des actions, notamment par l’intermédiaire de l’antenne régionale de l’Association suisse des parents d’enfants précoces (ASEP) qui est devenu l’interlocuteur privilégié auprès du département de l’instruction publique, de la culture et du sport (DIP). »

Et à long terme ça donne quoi ?

Ainsi, Terman (aux USA, ndlr) a pu montrer que les enfants accélérés durant les premières années de leur scolarité ont non seulement gardé leur avance, mais ont également accédé plus tôt que les autres à des positions sociales élevées impliquant de grandes responsabilités. Et, en plus d’avoir réussi leur vie professionnelle, ils se sont aussi épanouis dans leur vie privée. Ces constats globalement positifs (qui n’avaient pas empêché quelques issues moins évidentes) ont amené Terman à considérer l’accélération scolaire comme la mesure la plus efficace pour les enfants surdoués.

La Fille pense aux enfants pour qui l’école n’est pas une passion et pour qui l’on espère que l’accélération changera les choses..

Les résultats des études portant sur des aspects tels que la motivation scolaire, les aspirations de formation, les activités extrascolaires ou l’estime de soi (méta-analyse de Kulik, 2004) ne révèlent pas de différences significatives entre les élèves selon qu’ils ont ou non profité d’un programme accéléré.

Des tas d’autres résultats passionnants à lire dans le documents qui complètent ou nuancent tout cela!

Et en France…

Les élèves admis plus tôt au CP redoublent moins souvent au cours de l’école primaire (seuls 19% perdent leur année d’avance, alors qu’ils sont 27% parmi les autres élèves à redoubler une année).Cependant, à situation sociale et familiale comparable, le résultat est plus nuancé et les élèves entrés en avance redoubleraient même un peu plus souvent que leurs camarades entrés au CP à l’âge conventionnel. Pour les enfants qui ont gardé leur avance, les résultats aux épreuves nationales d’évaluation en fin de primaire montrent qu’à catégorie socioprofessionnelle du chef de famille identique, ceux-ci se situent plus fréquemment parmi les meilleurs élèves que leurs camarades non accélérés.

Chiffre intéressant…

« A noter que la situation à ce sujet a bien évolué depuis 1960. A cette époque,
20% des enfants commençaient le CP à 5 ans […] qui est passé à 1.2% en 1998. »

Et le saut de classe (qui n’est pas l’entrée anticipée au CP) ?

Dans le canton de Genève, c’est Rieben (1980) qui s’est intéressée enpremier au devenir scolaire de 77 enfants ayant sauté la 3P HarmoS (anciennement 1P) entre 1974 et 1977 (rappelons qu’il ne s’agit pas forcément d’enfants HPI). Deux à cinq ans plus tard, ces enfants avaient non seulement gardé leur avance, mais ils obtenaient également d’excellents résultats scolaires, meilleurs que ceux de leurs nouveaux camarades de classe. Aux yeux de 94% des enseignants, le saut de classe a été une mesure favorable, ces élèves étant généralement décrits comme autonomes, sociables, disciplinés et davantage intéressés par les activités scolaires que les autres enfants.Lorsque le saut de classe n’a pas été perçu comme adéquat, ce sont un manque de maturité, des problèmes familiaux ou des problèmes d’ordre comportemental ou affectif qui ont été évoqués. Le suivi de cette cohorte d’élèves jusqu’à la fin de la scolarité primaire (Rieben, 1992) révèle que 88% d’entre eux obtiennent de bonnes ou de très bonnes notes en français et en mathématiques en fin de primaire. Seuls 50% des enfants à qui un saut de classe avait été refusé obtiennent de tels résultats. […] En ce qui concerne les variables d’ordre psycho-affectif, les enfants accélérés manifestaient autant de joie de vivre que les autres et présentaient même moins d’indices dépressifs ou de symptômes psychosomatiques

Ces constats amènent l’auteure à penser que dans la mesure du possible, la solution de l’entrée anticipée est préférable au saut de classe.

La Fille continue la lecture de l’étude… que vous trouverez là
Et complétera par un autre billet si vous n’avez pas craqué d’ici là cher lecteur!

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