Les sauts de classe
Les sauts de classe (Suisse)

Suite de cette étude suisse sur les sauts de classe, étude menée sur une période de 17 ans.

Les glissements

Dans certains cas, un glissement d’un niveau à l’autre peut intervenir en cours de l’année scolaire (ndlr: dans les double niveaux) et, de ce fait, motiver une demande de dispense d’âge. Si un glissement de niveau en cours d’année peut répondre de façon adéquate aux besoins et aux compétences de certains enfants, pour d’autres, ce procédé peut rendre l’évaluation de dispense d’âge effectuée a posteriori quelque peu délicate. Dès lors, quel sens accorder à cet examen censé, en quelque sorte, simplement entériner une décision mise en pratique depuis des mois ? Quel poids accorder aux aspects d’ordre psychologique et affectif qui participent à la prise de décision d’accorder un saut de classe ou pas ? Et comment ne pas susciter de l’incompréhension chez les parents et de la déception chez les enfants en cas de refus de la dispense d’âge ?

L’avis de l’enseignant.

Le lien entre l’avis de l’enseignant et l’obtention par l’enfant de la dispense d’âge est fort – ce qui est plutôt rassurant. Les trois quarts des enfants qui ont un avis favorable de l’enseignant obtiennent la dispense d’âge pour un saut de classe ; inversement, les trois quarts des enfants qui ont un avis défavorable ne l’obtiennent pas. Les enfants pour lesquels les enseignants étaient hésitants ou « ne savaient pas » l’obtiennent dans environ la moitié des cas.

Lorsqu’ils sont plutôt favorables à une mesure de dispense d’âge pour l’enfant, les enseignants dressent généralement un portrait positif de celui-ci. Les performances
scolaires – de très bons résultats scolaires – et les compétences intellectuelles – un niveau intellectuel élevé – sont alors généralement citées pour appuyerleur avis (respectivement dans 76% et 59% des cas). La motivation pour les activités scolaires (43%), l’ennui potentiel ou avéré (43%), le besoin de plus de difficulté, de défi (30%) et la maturité (25%) sont d’autres raisons fréquemment soulignées. Les autres éléments évoqués font référence aux compétences sociales et à la confiance en soi, au fait d’avoir des frères et sœurs ou des amis plus âgés, à l’âge et à la taille de l’enfant. Des éléments défavorables venant atténuer leur avis sont très peu évoqués

Lorsque les enseignants sont plutôt défavorables à une mesure de dispense d’âge pour l’enfant, dans la moitié des cas ils mettent en avant le manque de maturité et le manque de motivation dans le tiers des cas. Des compétences sociales insuffisantes et un manque de confiance en soi sont mentionnés une fois sur cinq. Des performances scolaires insuffisantes sont aussi évoquées dans 28% des cas pour appuyer leur avis défavorable. Si les performances scolaires (dans 23% des cas) ou d’autres éléments
(âge, amis ou fratrie plus âgés) pourraient justifier une dispense d’âge, le manque de maturité et de motivation viennent alors souvent contrebalancer et déterminer l’avis défavorable de l’enseignant concernant une telle mesure pour l’enfant.

En conclusion

Le saut de classe : une mesure positive pour la plus grande part des élèves qui en ont bénéficié Les résultats issus de ces analyses montrent que le saut de classe a été, globalement, une mesure positive pour les enfants scolarisés à l’école primaire publique genevoise :
♦ à la fin de l’école primaire, ils obtiennent de très bons résultats aux épreuves cantonales (tests scolaires, notamment en français et en mathématiques) ;
♦ à la fin de la scolarité obligatoire, ils se dirigent majoritairement vers la formation gymnasiale qu’ils réussissent, de plus, mieux que l’ensemble des élèves ;
♦ à quelques exceptions près, ils maintiennent tous leur avance scolaire jusqu’à la fin de leur formation postobligatoire.

Par ailleurs, si les différences avec l’ensemble des élèves en matière de réussite et de parcours scolaires sont notables, les élèves ayant sauté une classe se distinguent aussi globalement de ceux à qui une telle dérogation avait été refusée, mais dans une moindre mesure. Les résultats obtenus par ces derniers aux tests scolaires en fin de primaire sont légèrement plus faibles que ceux des élèves ayant sauté une classe, et si leurs parcours scolaires sont assez proches en ce qui concerne l’orientation au postobligatoire, ils ont tout de même plus de difficultés lorsqu’ils suivent une formation gymnasiale.

Une mesure moins probante pour les élèves arrivant d’un autre système scolaire (écoles privées genevoises ou extérieur du canton)

Au vu des résultats de notre étude, peut-on en déduire que le saut de classe a été une mesure bénéfique ? Les divers éléments abordés montrent que le saut de classe n’a non seulement pas porté préjudice aux élèves qui en ont bénéficié, mais qu’au regard de leurs résultats et parcours scolaires, cette mesure a été efficace. Toutefois, ces résultats ne nous permettent pas d’apprécier l’impact du saut de classe au niveau psychoaffectif. Comment les enfants ont-ils vécu ce saut ? Le saut de classe a-t-il engendré des difficultés ou la nécessité d’un investissement important en termes d’effort et de travail scolaire ? Quelles sont les effets sur l’estime de soi et la motivation scolaire ? En d’autres mots, est-ce que l’accélération du cursus scolaire a apporté d’autres avantages que celui de terminer la scolarité plus tôt ? Sans des investigations plus qualitatives, il est difficile, à partir des informations dont nous disposons, d’apporter des éléments de réponse à ces questions

Une conclusion qui rappelle qu’il ne faut pas calquer les résultats de cette étude suisse à tous les systèmes éducatifs..

L’importance d’une évaluation globale
Si l’on peut tirer des résultats de notre étude quele dispositif d’évaluation mis en place à Genève est adéquat, ces résultats révèlent également l’importance d’une évaluation globale. La comparaison de nos deux populations ayant sauté une classe (l’une issue du public, l’autre provenant d’ailleurs) met en évidence qu’une simple avance scolaire n’est pas toujours suffisante si l’on veut s’assurer d’une issue positive à plus long terme de ce type d’accélération scolaire. Différentes études montrent qu’un recours inapproprié au saut de classe génère des effets négatifs et peut entrainer, à plus ou moins long terme, un redoublement. Dans son article, Stamm (2011) évoque la situation du canton de Zurich où trois enfants sur cinq autorisés à intégrer la 3P, de manière anticipée et à titre d’essai, doivent, au bout de cette période probatoire, retourner dans leur classe de
provenance. Selon l’auteur, ce retour serait très souvent mal vécu, non seulement par l’enfant, mais aussi par les parents. Aucune évaluation globale ne précède une telle décision. En France, où le taux de redoublement parmi les élèves au bénéfice d’un saut de classe est assez élevé, il n’existe pas non plus d’évaluation globale de l’enfant. Au Québec, on a noté une diminution progressive entre 1987 et 1989 du nombre de situations scolaires problématiques chez les élèves au bénéfice d’une entrée anticipée à l’école maternelle après avoir rendu l’évaluation d’admission plus systématique et plus rigoureuse (Beauchesne, 1991).

Ainsi, aux États-Unis, une échelle (IOWA acceleration scale)a été mise au point. Elle définit plusieurs domaines à prendre en considération : les aptitudes intellectuelles et scolaires, l’attitude et la motivation de l’enfant face au travail scolaire, l’attitude des différents acteurs face au saut de classe (enseignants, parents, enfant), le développement physique, le développement socioaffectif et le contrôle émotionnel.

Il reste beaucoup de questions sans (encore) de réponses soulevées dans cette étude.. 🙂
Mais peut-être leur intérêt profitera-t-il à d’autres études!

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