Pas Glop

Lettre ouverte

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Lettre ouverte, parce que son auteur a eu la gentillesse de bien vouloir la partager ici.

Mais c’est surtout la lettre d’une maman, Claire N, envoyée à la psychologue scolaire de son fils.

La lettre d’une maman, écrite il y a 3 ans… mais gardée dans un tiroir… jusqu’à cette semaine, pour ne pas blesser. Mais comme elle est importante (et bien écrite) cette lettre.. il fallait absolument la ressortir…. !!!!

Cette lettre est très émouvante, mais elle résume bien ce que peut être le parcours du combattant des enfants et de leurs parents.
Elle répond aussi aux questions souvent posées “pourquoi faire tester notre enfant? qu’est-ce que cela va nous/lui apporter ? “

Madame,
Nous nous sommes rencontrés il y a trois ans avec mon fils qui était à l’époque en CE1. P était malheureux, disait qu’il voulait mourir et j’étais bien démunie.

Lors de cette rencontre je vous ai demandé de tester P car j’avais le sentiment que son malaise pouvait être lié à une éventuelle précocité. Le fait qu’il ait appris à lire tout seul entre 4 et 5 ans, qu’il ait des difficultés d’écriture, qu’il soit si sensible, si fragile.

Vous m’avez dit que vous n’étiez pas pour tester les enfants, que ce n’était bon ni pour eux ni pour les parents. « Vous seriez bien déçue » m’avez-vous dit ! Sous entendant ainsi que mon fils était très loin d’être un EIP et sous entendant aussi que l’amour d’une mère serait proportionnel au QI de son enfant… Je n’ai pas insisté, c’était vous la professionnelle. Je vous ai fait confiance !
La démarche qui consiste à demander un test n’est pas facile et on se sent coupable d’oser imaginer que son enfant n’est pas dans la norme. Coupable envers son enfant de ne pas le voir « comme tout le monde » et coupable envers les autres de prétention.

Cette démarche n’est pas facile et la réponse que vous m’avez apportée n’a fait que renforcer ma culpabilité.
J’ai quand même fini en septembre dernier par contacter l’ANPEIP qui m’a conseillé de faire tester P auprès d’une spécialiste.

Quel temps perdu à tourner autour et à appuyer sur tous les boutons sans parvenir à comprendre comment il fonctionnait ! J’avais l’impression d’avoir tout essayé, et ça ne marchait pas ! Je me suis énervée, agacée, désespérée jusqu’à secouer cette machine à la fois trop perfectionnée et trop compliquée jusqu’à l’abimer…

Je ne comprenais pas ses peines et son hypersensibilité. Nous l’avons obligé à étouffer ses émotions jusqu’à ce qu’il se renferme totalement.

Je ne supportais plus ces “je suis nul” alors qu’il a des qualités si extraordinaires.

Comme j’aurais aimé avoir ce mode d’emploi plus tôt, je crois que ça nous aurait permis d’éviter bien des souffrances !

Et curieusement, depuis que nous savons qu’il est bien un « très haut potentiel », je ne l’ai pas entendu dire une seule fois « je suis nul ». Même si tout n’est pas gagné et que nous sommes loin d’avoir réparé les dégâts, P est plus léger, plus souriant, plus épanoui.
Non, être surdoué n’est pas ce qu’on pense, non, ce n’est pas être supérieur, c’est être DIFFERENT et plus fragile aussi.

Alors non, je n’ai aucune fierté d’avoir un enfant précoce. Mais je suis terriblement soulagée de pouvoir enfin comprendre son fonctionnement, même si ce n’est pas simple.
Savoir que P était un enfant précoce était nécessaire. Nous aurions pu lui éviter bien des souffrances et l’aider si nous avions su avant. La détection de la précocité est primordiale pour le bien être de l’enfant.

Le fait qu’il s’efforce de désapprendre pour être comme tout le monde est selon les spécialistes un SUICIDE MENTAL.
Une précocité non détectée est souvent dangereuse alors qu’une détection est toujours salutaire.
80% des mamans qui demandent à ce que leur enfant soit testé pour confirmer une éventuelle précocité ont raison. 20% seulement se trompent. Est-ce que ça ne vaut pas la peine de répondre à la demande ?
Voilà, je voulais vous faire part de mon témoignage afin de vous sensibiliser au sujet. Si une psychologue scolaire ne l’est pas, qui le sera ? Votre rôle est de reconnaître les enfants à haut potentiel afin de les aider et de participer à briser les préjugés et les mythes sur le sujet. Non l’inverse.
Vous me direz peut-être que l’on ne forme pas les psychologues scolaires à la précocité. Mais vous êtes formés pour faire passer les tests et par conscience professionnelle vous devez vous informer sur le sujet. La phrase perpétuellement formulée pour se dédouaner de tout « on n’est pas formé pour » est parfois bien difficile à entendre ! Nous sommes tous là pour apprendre chaque jour…
Si vous aviez testé mon fils quand j’ai osé vous le demander, vous nous auriez épargné trois ans de douleur et de déprime.
Bien cordialement,

 

Claire N

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9Commentaires

  • […] Des Mères Sachantes… Beaucoup savent mieux que les professionnels qui les écrasent. Parce qu’elles sentent, elles ont cet instinct de leur enfant. (lire ici) […]

  • gl dit :

    je comprends l’amertume d’avoir perdu du temps…
    en revanche, je suis assez surprise de cette confiance aveugle
    en la psy…scolaire!
    déja parmi les psys il faut trier! les sensibilités sont diverses et certains n’ont presque jamais entendu parler de précocité.
    savez vous que la plupart des psy scolaires sont des instits qui suivent une formation d’un an?
    donc la plupart du temps plutôt “du coté” des instits cela même qui majoritairement ne veulent pas entendre parler de précocité?
    la psy scolaire n’est pas le premier interlocuteur sérieux à aller voir pour un avis si doute sur la précocité de son enfant.
    Ne vous méprenez pas sur mon commentaire, je comprends votre colère, mais elle n’est pas totalement la faute de cette psy scolaire. Vous étiez mal conseillée pour aller la voir…

    • La Fille dit :

      je vais répondre à la place de la maman, car bien des parents sont dans ce cas…

      la plupart du temps, les parents ne pensent pas de premier abord à précocité.
      la plupart du temps les parents ignorent tout de la précocité
      la plupart du temps les parents galèrent avec un enfant dont ils ne comprennent pas le comportement à l’école..
      la plupart du temps les parents, au tout début du parcours “hp”, ne savent pas qui peut faire passer un test, ne savent même pas ce qu’est un test, ne savent pas les attendus d’un test, ne savent pas qu’il y a interprétation, ne savent pas ce qu’est un Q, des indices, des subtests, l’observation de l’enfant durant la passation, ce que veut dire homogène et hétérogène, qu’il y a des psys privés, des psys sco, que ce ce sont pas forcément les mêmes expériences..

      Bref…. pour choisir son psy.. spécialisé.. compétent.. il faut plusieurs facteurs…
      dont
      – avoir du temps
      – connaitre ce que veut dire Afep, Anpeip, Tribulations d’un petit zèbe, …
      – connaitre le minimum du B-A-BA sur le HP
      – savoir que la chance de passer un test ne se reproduira pas avant 2 ans.. d’où l’importance de ne pas se manquer
      – savoir que la psy sco fait passer des tests sans vraiment l’annoncer comme tel
      – savoir qu’elle n’a aucun devoir de restitution (franchement, j’ai vu des psys privées, spécialisées et.. compétentes.. qui ne donnaient pas le détail du test au parents!!!! heureusement que ce n’est pas elle que j’ai choisie!!)

      C’est pour cela aussi que nous diffusons tout ce que nous pouvons sur le sujet, que nous passons nos soirées à animer des groupes FB sur le sujet, groupes dans lesquels point besoin d’avoir un certificat HP pour échanger…

      Afin que le jour J, quand les parents se posent “vraiment” la question du test, ils aient les billes en main pour faire leur choix.

      Et malheureusement, même dans ces conditions, les erreurs sont (trop) nombreuses (passage de Wisc-R, ou wisc III par exemple!!!)

      Il est vrai que lorsque l’on est perdu, inquiet, fatigué, seul… on est une “proie” facile sur un marché en pleine expansion…

      Bonnes et heureuses fêtes à vous et vos zébrillons!

  • EM dit :

    Bonsoir,
    La question que je me pose en lisant cette lettre et divers commentaires est la suivante:
    Pourquoi avoir insisté autant d’années auprès des psys scolaires pour qu’ils testent ces enfants, quand les parents auraient pu le faire tester eux-mêmes chez des psys de leur choix? Ca aurait épargné quelques années de souffrance…
    Mon fils a trois vient d’être diagnostiqué précoce. Nous sommes allés voir une psy pour comprendre son mal-être à l’école, et qui a décidé de le tester la semaine suivante…
    Rassurez-vous, l’école est au courant de sa précocité, mais rien n’est mis en place pour lui. Ah si, il est puni chez le directeur ou dans le couloir assez régulièrement…

  • Eco dit :

    Cette lettre exprime vraiment les sentiments que j’ai éprouvé pendant 11 ans de combat pour arriver à le faire tester. Je suis en colère après tous ces psychologues en privé et ces centres types CMPP…Merci à la psychologue scolaire de mon fils qui a accepté de le faire en urgence ! On recommence le combat car psy sco de son frère et sa sœur constitue à nouveau un mur, malgré le diagnostic posé pour l’aîné. Des lettres comme celles-ci nous aident à prendre du recul, se sentir moins seuls et nous rassurent : nous sommes des parents aimants et bienveillants. Merci à cette maman.

  • okunide dit :

    Curieuse impression de déjà vécu…

  • Vallade dit :

    Une lettre qui m’a donné beaucoup d’émotions …ca me rappelle ce que je vis avec mon fils qui n’a que 3 ans 1/2 …bravo pour cette lettre….

  • morin dit :

    bonjour, merci a cette maman d’avoir écrit cette lettre ici même combat la seul différence c’est que le test à été bien passé par la psychologue scolaire mais pas restitué correctement… on a attendu 2 ans de plus pour voir une psychologue libéral et là on a enfin pu respirer et comprendre notre enfant, comme c’est merveilleux de revoir son sourire…

  • Clam ac dit :

    Tellement vrai

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