[Livre] Que sais-je?

Gabriel WahlQuand elle était jeune (très jeune) la Fille lisait les “que sais-je?” qui lui tombaient sous la main. En général, les exemplaires des amis de sa mère, qu’elle empruntait lors de soirées interminables.

Bon, c’était rarement sur des sujets simples d’approche et encore plus rarement facilement compréhensible.
Mais elle en retenait la qualité des publications, à défaut d’en comprendre toute l’étendue.

La Fille a (heureusement) grandi (ceux qui disent vieilli.. .euh.. ont raison), et quand le facteur lui a apporté un livre de cette collection, elle fut un peu surprise.. et inquiète 🙂 Retour vers le futur…

Meuh non… faut pas se laisser impressionner.
Alors, cet après-midi pluvieux et libre fut l’occasion d’ouvrir ce livre de Gabriel Wahl. Comme le dit la Zébrette.. on ne risque rien à ouvrir un livre.. au pire on n’aime pas et on le referme..

Mais si la Fille a refermé celui-là c’est avec regret à la fin de la dernière page.
Alors d’abord… elle est rassurée.. elle a tout compris cette fois-ci ! Ouf !

EIP

Bon, plus sérieusement. Ce livre qui aborde de la précocité, avec une approche historique, mais surtout sous l’angle des études épidémiologiques est passionnant (pour ceux qui aiment les chiffres et les faits).

Bon autant éluder de suite le point principal qui a dérangé la fille.. L’auteur parle beaucoup de Weschler, du HP au delà de 130, etc… (donc cohérent) mais parle aussi souvent de personnes avec des QI au dessus de 180… hummm.

Comme nombre d’études viennent des US, on peut imaginer qu’il s’agisse de Cattel, mais comme la distinction n’est jamais explicite, le doute est permis et le doute.. ce n’est pas l’ami préféré de la Fille.

L’autre point est étranger au livre, mais lié aux études. La Fille aime lire ces études qui se veulent factuelles, mais cherche toujours de prime abord le bais de l’étude, les autres études non mentionnées, les éléments qui rendraient l’étude peu valable, etc.. mais bon, on ne se refait pas.

Cela n’a en rien entaché le plaisir de sa lecture (même pas la couverture un peu racoleuse!)

La table de matières tient ses promesses

Table des matières

Introduction
Chapitre I – Historique. Une petite histoire de l’intelligence
I. Grèce, la loterie truquée de Platon – II. Chine, du lignage aristocratique au Beïjing Genomics Institute – III. France, du don de Dieu à l’école de la République – IV. États-Unis, de Thomas Jefferson à l’étude Terman – V. Allemagne, le programme national-socialiste – VI. Génie et folie.
Chapitre II – Les théories de l’intelligence
I. Les stades de l’intelligence, Jean Piaget et les néo-piagétiens – II. L’intelligence est une et indivisible, Charles Spearman et le facteur g – III. Les intelligences multiples, Louis Thurstone, John Caroll, Howard Gardner, Robert Sternberg,…
Chapitre III – Les déterminants de l’intelligence
I. Deux études controversées sur l’intelligence – II. À la recherche des gènes de l’intelligence…III. – et des gènes du surdon – IV. De l’inné et de l’acquis dans le développement de l’intelligence (essai de synthèse).
Chapitre IV – Les tests d’intelligence
I. Phrénologie et tests sensoriels – II. Alfred Binet, ou l’invention des tests modernes – III. William Stern et David Wechsler, du quotient intellectuel (QI) au rang percentile – IV. Construction et fiabilité des tests d’intelligence – V. Quotient intellectuel, quotient rationnel, quotient émotionnel et tests de créativité.
Chapitre V – Identification de la précocité intellectuelle
I. Précocité et dyssynchronies du développement – II. Identification clinique, III. Identification par les tests d’intelligence – IV. L’identification par les tests de créativité – V. Diagnostic différentiel.
Chapitre VI – La personnalité des enfants précoces
I. Relativité d’un portrait-type – II. La curiosité intellectuelle – III. Hypersensibilité – IV. Sens de l’humour.
Chapitre VII – Les risques de la précocité intellectuelle
I. La dépression – II. L’anxiété – III. L’hyperactivité ou le TDAH – IV. Les troubles du sommeil – V. Les dyssynchronies – VI. L’échec scolaire.
Chapitre VIII – Biologie de la précocité intellectuelle
I. Anatomie comparée – II. Développement cérébral – III. « Économie d’énergie » – IV. Latéralité hémisphérique – V. Rythme cérébral.
Chapitre IX – Adaptations pédagogiques
I. Réticences idéologiques et libertés pédagogiques – II. Programmes pédagogiques : l’enrichissement, l’accélération, le saut de classe, les classes de niveau.
Chapitre X – Aux confins de la précocité intellectuelle
I. Mozart, la mémoire auditive d’un enfant prodige – II. Gustave Doré, la mémoire visuelle d’un enfant prodige – III. Les joueurs d’échec à l’aveugle – IV. Les calculateurs prodiges – V. Les calculateurs de calendrier.
Conclusion
Bibliographie

Ma copine Alexandra (Les Tribulations d’un Petit Zèbre) vous prépare un billet très fourni..

Mais vous serez rassurés de lire que les parents ont une juste appréciation de l’intelligence de leur enfant et sont de bons prédicteurs de leur précocité, bien plus que les instits en tout cas. On les “accusent” de pousser leurs enfants (ah bon !) mais en majorité ils s’inquiètent plus de les voir passer leur enfance sur des sujets studieux plutôt qu’espiègles…

La partie historique est un moyen de réconcilier les lecteurs avec l’histoire si besoin était.  La Fille y a appris que le premier congrès (Nice, Terrassier) sur les EIP organisé en 1978 a eu un succès en demi-teinte, les politiques et la presse craignant de se fourvoyer dans des concepts élitistes. Mais que le changement de l’approche “les surdoués ne sont pas la richesse de la Nation mais des enfants intellectuellement précoces qui souffrent et ont besoin d’aide.” a permis d’obtenir l’écoute du public et de l’EN.

On retrouvera une présentation de la célèbre étude Terman que la Fille vous laisse découvrir. Mais parmi les conclusions surprenantes, la Fille a relevé que la longévités des hommes était accrue par le mariage et celle des femmes par le divorce !!! Bon, une autre conclusion pourrait sembler rassurante.. les activités professionnelles intenses voire stressantes sont favorables à la longévité.

L’histoire des émigrants chinois aux US est nettement moins amusante.

Le chapitre 2 détaille les théories de l’intelligence. C’est toujours intéressant de voir l’évolution de ces théories.. dans un sens, puis un autre, des allers en avant et quelques retours en arrière. Le facteur g et l’effet Flynn n’auront plus de secrets pour vous. Mais c’est l’un des rares ouvrages où la Fille retrouve l’effet Flynn qui recule.
Dans sa lecture la Fille a noté au sujet des intelligences multiples “cette conception pluraliste de l’intelligence séduit le plus grand public, notamment parce que chacun peut se reconnaitre au moins dans un domaine d’excellence“. Elle n’est pas loin de partager cette impression. Tout comme celles sur le QE. D’ailleurs, l’auteur rappelle la différence de la langue anglaise entre les Gifted children (EIP) et les Talented Children (pour les domaines artistiques).

Le chapitre 3 aborde les problématique de l’inné et l’acquis et il est bien documenté. En résumé, l’inné serait de l’ordre de 70% et surtout l’importance de l’inné augmenterait avec les années (euh.. avec l’âge du sujet).

Le chapitre 4 éclaircira les lecteurs qui peuvent encore confondre le Quotient Intellectuel du début du XXe siècle avec le QI du Wisc… Mais la Fille s’est beaucoup amusée à lire la grille d’évaluation de Binet de 1911…(pour 9 ans.. reconnaitre les pièces de monnaie.. rendre la monnaie sur 1 franc… )

Pour le passage des tests, Gabriel Wahl insiste sur l’importance de la formation des psychologues qui font la passation. Comme la Fille plussoie … (joli verbe inventé par je ne sais qui.. mais qui veut bien dire ce qu’il veut dire… nanmeho). L’exemple donné dans le livre rejoindra d’autres exemples donnés par d’autres auteurs de renom (je pense à celui du chat et de la souris dans un interview de JSF que l’on peut trouver sur le net ou sur ce site). “Quelle ressemblance entre un ours et un lapin?“. La réponse attendue est “ce sont des animaux“. Mais comment comptabiliser “ce sont des peluches? “.  L’anecdote d’Olivier Revol est aussi fort parlante sur le même sujet. Une enfant d’une dizaine d’année, à la question “en quoi le rêve et la réalité se ressemblent” lui a répondu “je sais que tu ne vas pas me compter 2 points, mais je te le dis quand même.. c’est la même chose car dans l’un comme dans l’autre, ma vie est un cauchemar”. Ce n’est certes pas la réponse attendue. Mais si le but est de rechercher la précocité, ne doit-on pas compter cette réponse comme juste ?
La Fille s’est souvent posée la question de la subjectivité de la cotation du psychologue sur certains items. Il est coutume de dire que l’on peut sous-performer à un test de QI, mais jamais sur performer (en gros il peut y avoir de faux négatifs, pas de faux positifs). Mouais… pas si sure.. En tout cas Gabriel Wahl a le mérite de poser la question (de l’objectivité de la cotation).

Le chapitre 5 concerne l’identification des enfants précoces. La Fille sourit à la lecture de l’avance psychomotrice Si elle avait su avant … que se tenir assis à 6 mois ou debout avec appui à 7 mois n’était pas si courant. En fait, elle le savait et la pédiatre le lui rappelait à chaque visite. Mais la Fille n’a jamais relié avance psychomotrice et avance cognitive.

Bien des phrases ont été surlignées dans ce livre… mais celle que la Fille ne peut pas manquer est “Ces valeurs sont statistiquement significatives, mais individuellement insignifiantes“. Oh que oui. Combien de fois lui demande-t-on si tel bébé qui a une belle avance psychomotrice ou que tel enfant qui sait compter jusqu’à 10, qui sait ses couleurs etc est bien EIP? Comme l’auteur, elle répond que seul le test psychométrique passé par une personne compétente pourra valider ou pas l’hypothèse. Mais appliquer les statistiques à l’individu est certes tentant, mais bien inutile. Quand on lui prédisait, lors de son long parcours PMA, 5% de chance d’être un jour mère, cela n’avait aucune réalité autre que la statistique, car pour elle ce serait 100 % ou 0%… Mais il est bon de le rappeler.. souvent…
On retrouve l’inventaire de JC Terrassier (21 critères pondérés, on peut penser à la précocité à partir d’un score de 10 ou 14 , selon que l’enfant soit en échec scolaire ou pas). C’est amusant de le faire à postériori:-)

Dans la série je-relève-des-phrases “l’enfant surdoué n’est pas nécessairement plus rapide que les autres enfants“.. Humm.. la Fille va offrir ce livre aux profs du collège 🙂

Le diagnostic différentiel (à la mode Dr House ? ) était aussi très intéressant mais la Fille vous renvoie (bon d’accord, elle ne sait pas encore ce qu’il contiendra, mais certainement des notes sur ce sujet précis) à l’article des Tribulations pour la corrélation SA et HP. Par contre, sur le TDAH et le HP, elle aurait pu lire Olivier Revol dans le texte tant les écrits de Gabriel Wahl rejoignaient les conférences “TDAHP: double chance ou double peine”.

La Fille a souri aussi en lisant que “les parents et les médecins [avaient] tendance à l’hypocondrie par procuration“. C’est vrai et les ressemblances entre le HP et certaines comorbidités comme le SA ou le TDA ne facilitent pas les choses. La Fille rejoint ses copinautes dans les mêmes interrogations qu’elle sur les EIP du même âge ou presque que la Zébrette… SA ou pas, TDA ou pas… THQI c’est sûr… Peut-être que pour le moment, l’important est de les laisser grandir car ils semblent ne pas s’en sortir si mal (mais si une bonne fée pouvait nous assurer que nos ne passons pas à côté d’une réalité… merci… nous prenons…;)

Faire le portrait d’un oiseau.. ah ben non, c’était celui d’un EIP… vaste ambition que celle su chapitre suivant 🙂 Mais d’actualité personnelle ici… et donc souligner et glisser subrepticement sous les yeux du Gars la phrase “dans un domaine ou dans un autre, ces passions s’épuisent parfois subitement sans que rien ne le laisse toujours prévoir“. La Fille vous laisse découvrir les sujets abordés qui ne vous sont pas inconnus. Juste un mot sur une étude de l’humour des EHP…. qui rejoint d’autres études déjà entendues. Ils ont un sens de l’humour plus précoce (au sens vrai du terme) mais avec l’âge il rejoint celui de leurs camarades.

Le chapitre 7 concerne les risques de la précocité intellectuelle. Les conclusions ne sont pas très différentes de celles de l’ouvrage de Nicolas Gauvrit mais toujours aussi surprenantes. L’anxiété ou la dépression ne serait pas plus importante chez les HPI. Bon cela change avec l’adolescence. Mais tout de même, je sais bien des parents ne partageront pas ces idées. D’où l’intérêt des études épidémiologiques… tenter de faire la part des choses entre le factuel et le ressenti. Une piste, pour expliquer cette différence peut aussi être celle suggérée par l’auteur. Ce que l”on attribue en France à de l’angoisse qui génère des troubles du sommeil est associé outre Manche à un cerveau que l’on ne peut éteindre. Le résultat est le même… les mots utilisés ne le sont pas.
La phrase retenue sera “lorsque l’enfant est à la fois TDA/H et précoce, il est souvent difficile de démêler le jumelage de l’ennui par l’inattention ou de l’inattention par l’ennui“.
Parmi les risques du HPI, l’échec scolaire n’en est pas un des moindres. “L’hostilité de l’école est un des plus sûrs chemin qui mène à l’échec scolaire“.

Le chapitre 8 .. hummm.. la biologie de la précocité. tout ce qui passionne la Fille. Alors si les plupart des éléments ont été déjà abordés dans une conférence ou une autre, dans un chapitre d’un libre ou un autre, cela n’enlève rien à la complétude de celui-là. On y apprend que le cerveau d’un HPI consomme moins de glucose ! Pour résoudre un même problème, le HPI utlisie des connexions neuronales plus courtes et plus efficaces.. donc consomme moins de glucose.. CQFD! Le chapitre sur les EEG donne comme à chaque fois que le sujet est abordé, l’envie de se plonger dans les archives et de ressortir l’EEG de la Zébrette quand elle avait 3 ans et personne pour penser précocité. Le neurologue a été surpris par des éléments peu communs dans son EEG et a demandé à ce qu’elle en refasse un. Comme à cette époque il s’agissait d’écarter une hypothèse d’épilepsie, la Fille s’était contentée d’un “non tout compte fait ça va” lors de l’examen complémentaire. Quand elle a essayé d’avoir plus d’informations auprès du personnel de son service (elle n’a en fait jamais rencontré le neurologue qui s’est contenté de rapports écrits) elle a juste compris (ou cru comprendre) que les ondes ne ressemblaient pas à celles habituelles. Peut-être que ça n’avait aucun rapport avec ce qui est évoqué dans cet ouvrage… mais à postériori, la Fille aurait bien aimé savoir 🙂
Chapitre IX.. les adaptations pédagogiques… ah comme il est de ces chapitres qui intéressent les parents (et les enseignants ? ). il est comme les autres bien documenté et rassurera les parents qui ont opté pour un (ou plusieurs) sauts de classe. Mais c’est surtout l’évocation des approfondissements qui a fait rêvé la Fille…..

Un livre sur les enfants précoces ne peut pas se terminer sans parler des génies célèbres. Mais l’auteur fait bien la différence entre les deux.. ce qui est rassurant. Et puis il est toujours plaisant de lire des anecdotes .

Bref, vous l’aurez compris.. les quelques euros investis dans ce livre seront certainement l’assurance de passer un agréable moment de lecture, enrichissant et instructif.

Gabriel Wahl a publié d’autres ouvrages dont un “Que sais-je?” sur le TDA…
Il est pédopsychiatre et préside l’Association de recherche pluridisciplinaire sur l’échec scolaire (ARPE).
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