Frédéric Fanget
Frédéric Fanget

Psyrène 2015 …. Intervention de Frédéric Fanget

La Conceptualisation Cognitive

La Voix Critique Intérieure

 

Avertissement : dans cette série d’articles sur le congrès PSYRENE 2015 qui s’est tenu à Lyon les 3 et 4 Juillet 2015, toute la difficulté de la Fille sera de vous faire partager au mieux les conférences de haut vol auxquelles elle a assisté.. sans pour autant vous dévoiler tout le travail de ces médecins ou chercheurs.. qui referont peut-être ou sûrement d’autres conférences sur le même sujet. En espérant respecter les auteurs tout en satisfaisant la curiosité des lecteurs…

Si vous lisez ce blog, et si vous aimez Psyrène, vous connaissez déjà Frédéric Fanget

 

Vous pourrez d’ailleurs le retrouver sur France Inter, le 24 Juillet , de 9h à 10h, dans « Ca va pas la tête! »

Tous les exemples de ce billet sont tirés de sa conférence et/ou des documents qu’il a mis en ligne sur son site internet 

Ce psychiatre, psychothérapeute (qui a fait connaitre à la Fille ce qu’était la TCC), détenteur d’un DEA en neurosciences est un conférencier qu’il faut voir sur scène. A croire que les amis d’Olivier Revol ont tous du charisme 🙂

Sa présentation de cette année est articulée comme suit :

 

  • Partie 1 : le contexte
  • €Partie 2 : la porte d’entrée – la voix critique intérieure.
  • €Partie 3 : d’abord mieux se comprendre.
  • €Partie 4 : comment gérer sa voix critique intérieure

I-Le contexte retrace l’historique des approches des maladies psy ( la Fille n’ose pas compléter.. psy-chiatriques, psy-choogiques, psy-…;)

La neurologie qui aborde cela comme un lien de causalité anatomo-clinique.

La psychanalyse dont on connait bien l’importance des troubles de la sexualité infantile dans les névroses (à ce sujet, une des conférences de Psyrène concernait la psychanalyse et vous devriez retrouver un billet à ce sujet sous peu).

Les thérapies comportementales qui visent à une meilleure connaissance de soi et vise à réguler les troubles du comportement (toc, boulimie, phobie…;)

Les thérapies cognitives que l’on peut (peut-être) résumer par  » ce n’est pas le monde extérieur qui est la cause de nos émotions et de notre humeur, mais seulement la représentation que l’on en a et les pensées qui nous traversent l’esprit. »

Puis dans les années 80, Young pour qui les troubles mentaux ce sont schémas cognitifs infantiles inadaptés (synthèse entre psychanalyse, neurosciences et comportementalisme et cognitivisme)

et de nos jours, avec l’apport des neurosciences, le trouble mental est vu comme un déficit d’une sécrétion ou d’un neuro-médiateur dans le cerveau (par exemple de la sérotonine ou de la dopamine).

Mais toutes ces approches ont un point commun:

la frontière nette entre normal et malade

La vision psy de Fanget (et d’autres 🙂 ) est que nous sommes tous à la fois malades et normaux, soumis à la contradiction de nos émotions. Et le malade est une personne, la maladie est un problème qui concerne à la fois le soigné et le soignant.

Frédéric Fanget rappelle la métaphore de la médaille à deux faces. La Fille reconnait une notion qui lui est chère (hummm.. lui… à elle ou à Fanget ? aux deux certainement)

Ce qui nous faisait souffrir le plus est aussi le plus souvent ce qui nous a construit et ce à quoi nous tenons le plus.

En fait, on ne peut pas supprimer un « défaut » sans supprimer aussi la qualité qui va avec, comme les deux faces d’une même médaille.
Ce concept explique nos difficultés à changer, nos ambivalences.
Et cela conditionne également le « perfectionnisme médical ». On doit savoir accepter. Il faut certes pouvoir changer certaines choses, mais surtout en accepter d’autres.

La gestion de soi est possible  avec une fine connaissance de soi, comprendre son propre fonctionnement. et savoir gérer cette alliance entre changement et acceptation.

II-La porte d’entrée pour mieux se comprendre : écouter la voix critique intérieure (VCI). La VCI nous l’entendons sans arrêt, elle alimente notre anxiété et elle est source de nos difficultés mais porte également nos valeurs. Il faut d’abord s’affirmer par rapport à soi avant de pouvoir s’affirmer par rapport aux autres

 

Cette VCI commence par JE ou par TU.

« J’ai besoin que l’on m’aime, je ne dois pas décevoir…je dois m’exprimer clairement et
savoir répondre à toutes les questions de l’auditoire…tu dois toujours faire mieux, faire
plaisir aux autres….on doit réussir, mériter sa place, être conforme… »

C’est une fenêtre ouverte sur notre inconscient. Elle vient du passé, agit comme une radio en sourdine, incessante. On n’en est pas conscient si on n’y fait pas attention (de l’ordre de la préconscience). Mais elle est très critique et peut être oppressante si on ne la gère pas. Elle envahit toutes nos situations du présent (personnelles, professionnelles, amicales,
amoureuses… ) et elle peut guider notre vie à notre place.

Alors que faire ? 
Il faut savoir écouter cette VCI et prendre conscience de son omniprésence. Il faut comprendre qu’elle est la source de nos anxiétés et que c’est la façon dont nous interprétons les situations vécues qui crée nos malaises plus que les situations elles-mêmes.(cf Thérapie cognitive).
On peut réussir à faire le tri entre les exigences du passé et du présent et se libérer de cette VCI pour vivre le moment présent et décider de notre vie.

III- Mieux se comprendre

Alors là, tout de go, la Fille vous dit que vous avez raté quelque chose si vous n’étiez pas à la conférence! Frédéric Fanget nous a fait quelques mises en situation qui ont du résonner (ou raisonner allez savoir!) dans bien des consciences de l’assemblée… dans celle de la Fille en tout cas…

Il nous propose une grille de conceptualisation qui nous permet de mieux comprendre son propre fonctionnement. Et comme la Fille est très bricoleuse… les outils… elle aime !

grille

Pour prendre un exemple de travail avec ces outils, la Fille vous présenterait bien le cas de Françoise, 52 ans, évoqué par Frédéric Fanget. Cependant, ne sachant pas ce que l’auteur souhaite ou pas diffuser de sa conférence, elle se rabat sur celui de Jean, disponible sur le site de l’auteur en libre consultation.

Le cas de Jean

Jean : « je suis le matin au débriefing je présente le plan de la journée car nous allons
faire une action avec les impôts pour les baraques merguez frites illégales… Je dois
donc donner les consignes aux équipes, faire deux groupes qui devront être très
opérationnels. Je dois aussi coordonner avec les services du fisc et de l’URSSAF le tout dans un lieu public (terrain de football) en assurant la sécurité de tout le monde »

 

La prise de parole de Jean

Jean hésitant : « bon…ben (rigide, retenant son souffle) ce matin, on a une opération
importante….(cherchant ses mots) j’ai besoin de deux groupes très opérationnels…
Une intervention délicate en plein milieu stade de foot.
Toujours bredouillant, nous devons nous coordonner avec le fisc et l’Urssaf… »

Après plusieurs consultations, soigné et soignants remplissent la grille

jean

Si on écoute trop sa VCI, alors on se coupe de la relation aux autres…

Avant de réagir, il faut répondre à sa VCI, de manière positive. Lorsque l’émotion est trop forte, elle paralyse la pensée ainsi qu’une certaine forme d’intelligence. Il faut d’abord, selon les situations, diminuer son agressivité, ses frustrations… avant de répondre à la situation (ça peut être une demande d’un supérieur, d’un ami, etc).

Un exemple de RVCI (réponse à la voix critique intérieure) pourrait être..

Jean2

La liste des exemples donnés par Frédéric Fanget était longue et passionnante. Chacun pouvait y trouver des éléments parlants à la lumière de sa propre vie.

 

Le conférencier rappelle qu’il ne suffit pas d’amener du positif pour annuler le négatif et que la voix intérieure négative véhicule aussi nos valeurs… Et plus la face positive est puissante, plus la face négative risque d’être profondément négative..

Il compare notre VCI à un bus… tout au long de notre vie, on y monte… mais personne n’en descends. Qui monte? Un peu tout le monde.. notre père, notre mère, nos enseignants, nos supérieurs, nos collègues… et c’est un peu à celui qui parle le plus fort 🙁

 

IV- Comment gérer sa VCI

Il faut essayer de nommer sa VCI (son père, sa mère, son instit… l’un des passagers du bus)

Puis utiliser les techniques d’affirmation de soi contre sa VCI (lui dire non, ƒs’opposer à elle, la confronter à la réalité, lui demander de prouver son discours par des faits, comme dans un débat démocratique…;), mais aussi utiliser le non verbal: s’éloigner d’elle, baisser le volume , se tourner vers l’interlocuteur (et non se retourner vers la VCI), focaliser son attention sur ce que dit l’interlocuteur (reformulation).

Et utiliser également les techniques cognitives pour répondre à sa VCI. Qui est responsable du malaise en situation? L’interlocuteur ou la VCI…

La technique « devenir son meilleur ami » a beaucoup intéressé la Fille.. Si elle prend l’exemple d’Adriana, qui avait l’impression de ne pas être à la hauteur en particulier au travail, et de ne pas mériter sa place.  La thérapie a fait remonter à la surface le fait qu’elle n’avait pas de diplôme. Et devenir son meilleur ami se traduit par :

Thérapeute : « Si je comprends bien, votre problème est de vous considérer comme un imposteur parce que vous avez été nommé sur un poste de cadre supérieur alors que vous n’avez pas les diplômes. »
€Adriana : « Oui, c’est tout à fait ça ».
Thérapeute : « Adriana, que diriez-vous à votre meilleure amie qui aurait décroché un poste de cadre supérieur sans diplôme ? »
€Adriana : « Je dirais c’est formidable, tu es formidable. »
€Thérapeute : « Mais alors si je comprends bien pour vous, une femme formidable est une femme qui réussit sans diplôme ! »
€Adriana sourit et comprend sa contradiction. Elle ne serait jamais aussi bienveillante avec elle même .

On peut aussi confronter sa VCI aux faits

Qu’est-ce qui démontre dans cette situation face à mon chef que je suis nulle ? De toute façon tu me dis cela depuis des années… Tu me répètes toujours la même chose… cette critique permanente ne m’aide pas à avancer au contraire elle me fait douter de moi alors je vais essayer de moins t’écouter…

On peut éviter la musturbation. Naaan il n’y a pas de faute de frappe.. et comme la Fille n’est pas adepte de la psychanalyse, elle ne voit pas ce qu’une quelconque référence sexuelle viendrait faire ici. La must-urbation… il faut, je dois ( I must, en anglais) et remplacer ces petites phrases par « ce serait bien si..« . Vous pouvez essayer.. vous verrez.. c’est comme un morceau de chocolat Lindt.. un peu de douceur dans un monde de brutes!

On peut répondre à sa VCI en situation. Exemple en couple : « mon conjoint ne
communique pas, ne m’écoute pas et fuit les problèmes. »  La VCI : « décidément on ne peut pas parler avec lui…il s’en fout….on ne peut jamais aborder les problèmes … il ne s’intéresse vraiment pas à toi… peut-être qu’il ne t’aime plus. » et la réponse à la VCI « Il n’a jamais parlé beaucoup depuis que tu le connais, c’est son tempérament… il tient compte de tes demandes même s’il ne parle pas beaucoup …régulièrement il montre des signes d’intérêt envers toi… Il est présent dans la vie quotidienne et te propose souvent des activités…ce qui montre qu’il a envie de faire des choses en couple….  »

On peut changer de station de radio (la VCI c’est comme une radio en sourdine). La Fille aime bien cette méthode aussi. Passer de radio critique à radio encouragement. Radio critique: « tu vas encore bafouiller…ils vont voir ton stress…ils vont te poser des questions auxquelles tu ne sauras pas répondre… ». Radio encouragement : « oui c’est difficile de
prendre la parole… on peut bafouiller mais le principal est de faire passer ton message…au
lieu de cacher ton malaise autant en parler directement et te concentrer sur ta présentation… Si tu ne sais pas répondre, tu seras authentique et franc. D’ailleurs, qui sait tout ?…Tu paraitras plus humain,plus accessible… »

Vous l’aurez compris, l’objectif est de devenir notre meilleur allié, notre meilleur ami, et de restructurer nos pensées pour que la VCI ne soit plus un frein à notre épanouissement.

La conclusion de Frédéric Fanget est concise mais résume bien les choses et qui s’applique tellement aux personnes à haut potentiel (mais aux autres aussi hein… les autres ne sont pas protégées des angoisses de par un positionnement au milieu de la courbe de Gauss)

Vivre = Choisir = Angoisse

Il faut accepter une certaine dose de souffrance, d’angoisse pour continuer à vivre. 

 

Si ces notions vous ont parlé, vous aimerez sûrement les prolonger avec les livres de l’auteur (cliquez sur les images pour en savoir plus). La Fille en profite pour faire remonter « Je me libère » en haut de sa liste de lecture et vous fera un ‘tit billet quand elle l’aura terminé 🙂

livres

ou sa collection Vivre Mieux chez Odile Jacob

vivre-mieux

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