[Témoignage] Stop au Harcèlement

Si vous êtes fidèle lecteur de ce blog, vous savez quelle importance je porte au harcèlement scolaire.

Trop d’enfants autour de moi sont concernés, trop d’enfants luttent chaque jour pour faire reconnaitre leur droit au   respect de son intégrité physique et morale ( (c’est écrit dans les droits et devoirs du collégiens, enseignés en début d’année de 6° ), trop d’enfants victimes portent le poids d’une culpabilité qui n’est pas la leur, trop d’adultes manquent à leurs devoirs, trop d’adultes en charge d’enfants..

Certains de ces enfants (oups, pardon, adolescents) ont trouvé des solutions, définitives ou temporaires. Mais chacun reste marqué par ce qu’il a vécu, parfois des années durant. Je pense bien à vous.. vos parents se reconnaitront…

Aujourd’hui, j’ai fait une lecture matinale qui m’a …. pfiou .. comment dire….

Impressionnée ?

Par la dureté des faits relatés, par leur violence, physique et morale, par leurs conséquences réelles ou supposées, par les solutions mises en place…

Mais aussi par le courage, la maturité, et, disons le aussi, par la pureté de l’expression et de l’analyse.

C’est avec l’accord de Mailys Combacal, de Toulouse et de sa maman, que je publie son texte, à la virgule près.

Ce texte, Mailys l’a lu à sa classe de son nouveau collège. Il a été lu à toutes les classes de 6°.

Il vous donnera, je n’en doute pas, des frissons.

Et avant de vous l’offrir, comme elle nous l’a offert, je voulais une fois encore souligner la force et le courage de cette toute jeune collégienne, qui refuse (elle a bien raison, mais vous savez à quel point c’est difficile) d’être honteuse dêtre victime.

Cette lecture matinale m’a également permis de discuter avec la maman de Mailys, et c’est une belle rencontre 🙂

J’ai 11 ans et demi et j’ai été victime de harcèlement.
Je suis entrée en 6e comme vous tous, avec de l’appréhension mais aussi contente de quitter l’école primaire, de retrouver mes amis. Je suis une bonne élève, j’adore le sport et je n’ai jamais eu de difficulté pour me faire des amis.
Bon dans ma classe des élèves étaient agités et parfois violents ou agressifs c’est épuisant à la fin de la journée mais moi j’avais mes amis. On pouvait travailler dans certaines matières mais pas en math. Je ne comprends pas pourquoi malgré les punitions qui fusent rien n’y faisait. Au début c’était un chahut et puis au fur et à mesure certains élèves ont commencé à se lever, à jeter les chaises ou renverser les tables. La principale venait dans la salle mais le lendemain tout recommençait. Les élèves se moquaient du professeur, ils lui envoyaient des gommes à la figure puis les gommes ont été remplacées par les compas. Ça me mettait mal à l’aise, peut-être parce que je savais que ça ne se faisait pas, peut-être parce qu’on ne savait plus quoi faire pour que ça cesse. Un jour le prof a quitté le cours en pleurant.
Moi j’ai continué ma petite routine de collégienne, le mercredi je fais du badminton à l’AS : on s’entraîne, on part en compétition. J’adore mon prof de sport et il y a une bonne ambiance avec les autres d’élèves. Mon prof m’a demandé de devenir jeune officier pour arbitrer les matchs au niveau départemental.
A la rentrée de janvier il me demande d’arbitrer pendant le cours d’EPS mais certaines décisions ne plaisaient pas à tout le monde enfin surtout à une élève elle m’a menacé mais je ne me suis pas inquiétée. Pourtant au cours d’Eps suivant les coups sont tombés et ma cheville s’est cassée. Je suis revenue une semaine plus tard le temps pour ma mère de déposer plainte, de voir le médecin légiste et d’informer le collège de la situation. À mon retour les menaces ont continué et j’ai reçu un coup dans la béquille pour me faire tomber me cassant cette fois-ci le genou.
Je ne pouvais plus aller au collège à cause de mes blessures, les urgentistes ont demandé à ma mère de ne plus me mettre au collège le temps de ma convalescence.
Cette même semaine mon professeur de maths s’est suicidé. Ma mère est bouleversée et inquiète, moi je me demande ce qui s’est passé dans sa tête pour faire ce dernier geste.
J’étais à la maison de janvier à mars et j’espérais trouver un nouveau collège c’est chose faite je suis dans votre classe et j’étais contente d’aller en cours sans entendre crier sans cesse. Je savais que je ne me ferais pas des amis tout de suite.
Je ne savais pas que ce serait si dur, je ne savais pas que je serais blessée moralement, je ne savais pas que le geste de mon professeur aurait pris tant de sens.
Je suis fatiguée je n’accepte plus le conflit autour de moi, je suis conscience que personne n’est à l’abri d’être faible Et que ça peut arriver au plus fort.
Aujourd’hui j’ai décidé d’être forte, j’ai décidé d’avoir des amis et de rigoler de tout, avec votre soutien, si vous le voulez bien. Mais je n’oublierai pas ce qui s’est passé, je n’oublierai pas ceux qui m’ont aidé à redevenir la collégienne qui aimait le sport, qui s’épanouissait avec ses camarades. M

J’imagine, une fois vos larmes qui pointent ravalées, vous partagerez le témoignage de Mailys, pour l’aider à redevenir la collégienne qu’elle était.

Et que vous aurez une pensée (même plusieurs) pour Vincent, son professeur de mathématiques.

3 Comments

  • Bravo Mailys, tu as eu raison de ne pas te laisser intimider. bonne continuation.

  • Mailys, je t’envoie tout mon soutien dans l’épreuve que tu vis.
    Bravo pour ce texte, bravo d’avoir trouvé la force de l’écrire puis de le diffuser. A travers ça, tu as modifié le cours de l’histoire pour nombre de personnes, bien plus que tu ne l’imagines.
    J’ai 36 ans. Je n’ai jamais été harcelée, je n’ai jamais harcelé. Et pourtant j’aurais aimé qu’au college un camarade m’ouvre les yeux comme tu viens de le faire pour les tiens. Parce que je n’ai jamais pris conscience quand j’étais enfant/ados de la gravité de la situation que vivaient des enfants que je côtoyais quotidiennement. J’aurais aimé le comprendre parce que j’aurais pu leur venir en aide… Si seulement j’avais vu et compris ce qu’ils vivaient.
    Mailys ce que tu as fait aujourd’hui est à la mesure de ton intelligence et de ton courage. Je t’admire.
    Je te souhaite le meilleur pour la suite, et continue à embellir le monde autour de toi.

  • Très courageux témoignage de cette jeune fille qui ose dire l’indicible. Je suis sûre que beaucoup d’élèves se reconnaîtront dans ce témoignage, ……….. malheureusement. Osez en parler à vos parents. Ils sont là pour vous soutenir car ils vous aiment. Osez dire non à la violence des coups, à la violence des mots, à la violence du racket. Osez en parler aux conseillers principaux d’éducation. N’ayez pas peur. Les adultes doivent protéger les enfants. Les enfants doivent faire confiance aux adultes. Nous savons que le harcèlement scolaire existe. Personne n’a le droit de causer du tort et de faire du mal à quiconque. Nous avons tous droit au respect, à l’intégrité, au droit de vivre sa scolarité de manière heureuse et épanouie.
    Parents, soyez vigilants. Faite attention au moindre changement d’humeur de vos enfants….
    Une pensée émue pour ce professeur, Vincent, qui n’est plus là pour témoigner car il n’a pas reçu l’aide, le soutien de ses collègues de travail et surtout de sa hiérarchie…. Cela aussi est scandaleux, injuste et si triste. Condoléances à sa famille….

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