Choisir, c’est renoncer!

Certes.. mais je caresse l’espoir (m’a-t-il seulement donné l’autorisation de le caresser… son corps lui appartient à l’espoir.. et j’aime quand l’espoir prend corps) de ne pas avoir à choisir… juste à reporter de quelques heures…

Le choix…. écrire un billet.. encore un.. d’humeur.. sur le sempiternel sujet de l’école… ou me plonger dans le livre “Libérez votre cerveau” dont je parlais ici .

 

Mais tant pis, coucher son âme à côté du papier du clavier et n’avoir plus qu’à la recopier (ok, ok, je paraphrase un peu beaucoup Cyrano sous la plume d’Edmond!) est sûrement inutile si je me mets à la place d’autrui, mais un moyen d’évacuer ma déprime dominicale.  Et rien que ça… c’est utile. Nanmeho!

La Zébrette est une gamine, jusque là, facile à élever, avec un parcours familial chaotique mais elle s’en sort bien, avec un parcours scolaire chaotique mais elle s’en sort bien, avec un parcours personnel…

Déjà l’imagination fertile invente ce qu’il peut y avoir derrière ces mots adjectifs. Et chacun y mettra un peu de sa réalité, de son histoire, de son âme.

Si l’on regarde la Zébrette de l’extérieur, on ne verra qu’une gamine joyeuse, extravertie, vive, intelligente, intéressée par plein de sujets, passionnée, sage, studieuse….

Waow…

Pourtant, elle est rongée par un mal que ne dénigrerait pas Baudelaire… “l’ennui”.

Les mots sont forts.. “rongée”. Faut pas exagérer quand même!!!!

  • D’abord, je les connais bien moi les enfants (élèves) qui s’ennuient. Ils décrochent, ils regardent ailleurs, sont dans la lune… Elle ne s’ennuie pas.
    Elle ne déprime pas quand même.. regardez comme elle s’amuse.
    C’est normal de s’ennuyer, et puis il faut cesser d’élever les enfants dans la toute-puissance, dans l’idée qu’ils peuvent avoir tout et tout de suite.
  • Vous croyez que les adultes ne s’ennuient pas dans leur boulot.. les hôtesses de caisse du supermarché, vous pensez qu’elles kiffent leur boulot?
  • Mais le collège, ce n’est pas que le scolaire, il y a les ami(e)s, la récré, les ateliers méridiens.
  • Mais si elle s’ennuie, c’est qu’elle n’a pas une vie équilibrée.. faut qu’elle fasse autre chose que le scolaire. Elle fait quoi en dehors?
  • Mais faut lâcher prise, franchement, il n’y a pas que les notes dans la vie!
  • Mais dites, vous ne poussez pas un peu là… elle a 19 de moyenne générale. C’est formidable!
  • Mais qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse, une classe de 30.. faut déjà s’occuper des élèves en difficulté.
  • Elle participe, elle ne s’ennuie pas.
  • Vous attendez trop du collège.
  • Vous croyez que c’est la seule?
  • Elle est trop jeune, trop immature.
  • Elle a besoin d’expérience.. faut qu’elle apprenne les disputes, les amoureux, les bagarres, les conflits… et là.. elle n’a pas les mêmes expériences que ses camarades de classe.
  • Pourquoi n’en profite-t-elle pas pour faire ses devoirs en 5 minutes et passer à autre chose?
  • Si elle est inadaptée, ce n’est pas un problème d’école, c’est un problème qui vient d’elle, faut la faire suivre par un psy.
  • Faut vous y faire, l’école est faite pour la moyenne et encore… la moyenne basse.
  • Et les enfants qui décrochent, vous ne pensez pas qu’ils s’ennuient EUX!
  • Et les enfants qui n’ont pas la chance d’avoir une ouverture à la culture chez eux, ce n’est pas pire?
  • Et si vous arrêtiez de la pousser?
  • Elle va au collège pour les cours? Bizarre, les ados y vont pour les copains et les copines!
  • Mais y’a Internet, elle peut faire des maths à la maison sur le Net si elle s’ennuie au collège.
  • Elle ne PEUT pas s’ennuyer partout, vous exagérez.
  • Il faut qu’elle lâche-prise
  • C’est malsain de s’inquiéter de son avenir à son âge.. elle devrait profiter de la vie.
  • Faut qu’elle fasse du sport! (euh..10h par semaine ce n’est pas assez)
  • De la musique, du dessin ! (oui.. elle fait ça aussi)
  • Mais il y en a des choses à découvrir en dehors de l’école
  • Faut pas s’affoler, depuis longtemps les programmes sont light (j’accorde l’anglicisme ou pas? vaste question)
  • Mais ce sont ceux qui n’ont rien à côté qui sombrent
  • De quoi tu te plains, elle a déjà sauté 2 classes.
  • Il faut qu’ils soient équilibrés… avec des amis, du sport, des jeux, de la TV, de l’ordi (euh…oui j’suis d’ac hein! et ?)
  • Si il n’y a pas que l’école qui compte pour eux ou leurs parents, alors ça ira bien pour eux
  • Si ils peuvent s’ennuyer un peu en cours, y’a tellement d’à-côté sympa que le collège c’est cool
  • Si ils ne s’intègrent pas et sont décalés, c’est à cause des années d’avance (et pas du tout parce qu’intrinsèquement ils le sont.. avec ceux de leur âge aussi)
  • Mais il faut une activité “ennui”. L’ennui, ça s’apprend aussi!
  • Il est plus rassurant de s’ennuyer parce qu’on a comprit vite que parce qu’on est largué.
  • Tout le monde n’a pas une vie riche à 100%
  • On ne peut pas apprendre que ce qui nous intéresse
  • Ben y’a rien de neuf, on sait que c’est comme ça!

Ce sont tous les propos ou presque que j’ai entendu ces dernières heures…
J’espère que les personnes qui se reconnaitront, me pardonneront d’avoir emprunté leurs paroles pour illustrer mon propos.

Je ne sais pas ce que j’ai envie de faire…

Expliquer.. mais faudrait que les gens en face aient envie de comprendre (n’est-ce pas mesdames, messieurs de l’Education Nationale, il n’est pas aisé d’expliquer si en face l’opinion est faite , ou si osef (on s’en fout.. pour les moins jeunes!) ). Arielle Adda disait “peine perdu si les gens n’ont pas le logiciel installé!”.

Argumenter… mais à quoi bon? Peut-être pour les mêmes raisons que celles des lignes précédentes. Est-ce que le débat qui s’ensuivrait serait constructif ? Alors oui, ça vaudrait la peine.

Se battre… oui, enfin, là tout de suite.. je ne sais tellement pas contre quoi ou plutôt pour quoi je dois me battre.. je ne sais même pas ce que je veux pour la Zébrette, ce que j’espère, alors la force de la conviction, ce n’est pas pour ce week-end 🙁 (mais… tu vas arrêter avec les anglicismes inutiles!).

Écouter.. et me rendre à l’évidence.. tellement rabâchée (en fait, je m’applique ce que je demande aux autres… l’ouverture d’esprit).. et reconnaitre que j’en demande trop et que je pense égoïstement à ma fille déjà favorisée (zennnn.. on sent là que tu n’es pas prête à adhérer de suite… mais tu peux commencer le chemin)…

Alors franchement, si j’essaie de comprendre les arguments, il y a une question qui me brûle les lèvres….

Un gamin qui montre des aptitudes particulières en musique, en hockey, en ski alpin, en chant, en dessin, en équitation, en escalade, en théâtre, en athlétisme, en patinage artistique, natation, en bilinguise, en poésie…

Un gamin qui est manifestement au dessus du lot dans sa catégorie (est-ce que là je dis un gros mot ? non, je ne crois pas), quel adulte l’encadrant dans sa discipline lui dira “tu es super fort, tu pourrais largement être avec les plus vieux, tu as du talent, mais la vie, ce n’est pas que le sport, alors il faut que tu t’équilibres. Tu dois passer du temps avec tes copains, sortir au ciné, passer du temps sur tes devoirs. Ta passion? t’inquiète pas.. ce n’est pas sain d’en faire trop, alors laisse tomber, suis le rythme du groupe, et dans quelques années tu y trouveras ton compte! Tu imagines quand même les difficultés que tu rencontreras si tu n’as pas le même âge que les autres n’est-ce pas! Ta maturité n’y sera pas, alors fais moi confiance et attends, refait 10 fois les choses basiques. Comment? ça t’ennuie, ça te saoule, tu n’as plus envie de venir à l’entrainement? Mais je ne comprends pas. Tu devrais être cool puisque pour toi c’est fastoche!

Je pense qu’un tel gamin, on essaiera de le faire aller au max de ses envies et de ses compétences (et je ne parle pas que de compétition). On l’encouragera. Et au premier signe de coup de mou, on lui remontera le moral, on lui dira de persévérer. Quand le gamin ou la gamine insistera auprès de ses parents pour participer à un entrainement de plus, une compét’ de plus, un récital de plus, un salon de plus…. les parents l’accompagneront au mieux de leurs possibilités… Quant à moi, qui suis maman d’une passionnée d’équitation, mais qui n’est pas une championne, je ne sens flouée de rien si dans son cours il y a une gamine de 3 ans de moins qu’elle (et donc de bcp d’années de moins que la moyenne du cours). Surtout, je ne vois pas l’intérêt, ni pour elle, ni pour la prof, ni pour les autres enfants, qu’elle reste avec ceux de son groupe d’âge.

Et le voisin, l’amie ou la famille seront là pour louer le virtuose au piano (je pense à toi Gabs), ébahis par tant de maitrise, imaginant les heures de répétitions que cela demande, et seront impressionnés par la sérénité et le plaisir qui émaneront de ce jeune après avoir joué l’œuvre si difficile. Ma fille ne sera jamais passionnée de piano, même si consciencieuse, elle prend des cours chaque semaine. Et ? si le cours était collectif, il faudrait que cet autre jeune entendu à la fête de fin d’année, subisse les mêmes lenteurs de cours qu’elle.. alors qu’elle en tire privilège. C’est pas grave s’il s’ennuie..il est doué lui au moins. Et puis, il pourra se rattraper chez lui.

Tel(le) enfant au coup de crayon impressionnant… après que ses parents ou eux-mêmes  aient partagés les œuvres sur Facebook (et là je pense à un dessin d’une ado publié dans un groupe auquel je participe.. époustouflant de maitrise technique mais aussi de créativité.. et qui méritait largement le 20/20 de sa prof d’Arts Plastiques), si elle peut se confronter à des “ce n’est pas un vrai métier, ça ne te fera pas vivre” ne sera pas dénigrée au sein de son art.

Mais un gamin qui s’ennuie à l’école.. Il n’est pas imaginable que ce soit terrible pour lui. Ça ne l’est pas pour les autres. Il n’est pas imaginable que ce soit important pour lui. Les autres s’accommodent si bien d’expédier leurs devoirs et un 15/20 est considéré par tous comme une bonne note, passons à la suite. Il accorde beaucoup d’importance à l’école (et/ou à la connaissance), il n’est pas équilibré (alors que celui qui passe des heures à préparer un concerto…;).

Je dissocie le manque de moyens et d’outils de l’école et des enseignants, de la négation des besoins spécifiques. Je n’ai pas (et ça me désole) de solution à proposer qui soit réaliste (à part le saut de classe avec toutes ses problématiques). J’ai des connaissances d’enseignements personnalisés qui fonctionnent, mais basés sur la seule implication (de ouf) des enseignants qu’elle ne peut pas être demandée comme un dû, une évidence.

Je dissocie ceux qui ne comprennent pas de ceux qui n’admettent pas.

Il y a des tas de sujets que je ne comprends pas, pour autant, quand on m’en parle, d’autant plus quand il s’agit d’amis ou de la famille, j’essaie de me mettre à la place et je peux changer d’avis. Je me souviens de mes avis (un peu tranchés certes) de néophyte (pour ne pas dire ignorante hein) sur  le TDAH… une question d’éducation à l’évidence!

Je connais aussi tous ces parents qui ont des problèmes similaires avec leurs rejetons. On partage, on échange, on se (ré)conforte dans nos idées et nos états d’âmes.

Mais qui est dans la vérité?

Ceux qui pensent que l’enfant doit trouver un équilibre, et que l’école n’est pas une partie importante de celui-ci, ou en tout cas, pas suffisamment pour que cela puisse influer sur lui?
Ceux qui pensent que l’enfant doit trouver de l’intérêt dans ses apprentissages, et ne pas s’ennuyer plus que de raison sur les bancs chaises de l’école.

 

Ceux qui pensent que les enfants à besoins spécifiques existent, mais qu’on ne peut rien pour eux en l’état actuel des choses. Au final, soyons clair, ce n’est pas si grave visi à vis de tous les problèmes qui agitent l’école.

 

point-de-vue

 

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7Commentaires

  • Céline dit :

    MErci car nous sommes en plein dedans avec un de nos enfants et je ne sais plus où j’en suis avec toutes les remarques que j’ai entendues … demain j’ai RV avec la psychologue scolaire, ça me permet de poser un peu ma reflexion .

  • Stephanie dit :

    oh là là… Le débat est vaste et il y a tellement à dire sur le sujet. D’abord, la société nous fait focaliser sur l’école! La place laissée aux activités parallèles est maigre! Donc oui, le temps passé à l’école est important. Mais il est aussi vrai que le système “classique” devient une catastrophe et particulièrement pour tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule. Et si on reste tout à fait objectif on admettra que le but principal de l’école, c’est bien ça: faire rentrer nos jeunes dans ce moule pré établit… Le reste, tout le reste est tout à fait secondaire. Bien sûr il y a des exceptions, des enseignants qui se battent contre le système, bien sûr beaucoup d’enseignants voient leur profession différemment, mais malheureusement, aujourd’hui ce métier est comme beaucoup d’autres: standardisé. Et personellement, je crois que la seule solution pour tout ceux et celles qui ne veulent/peuvent pas rentrer dans ce moule est de sortir de ce système. Et là… Là c’est la catastrophe. Car les solutions sont peu nombreuses voire inexistantes et celles qui sont proposées sont très souvent honéreuses (voire inaccessibles) ou irréalistes…
    Je ne sais pas quelle est la solution. Nous avons essayé de trouver la notre, cela a impliqué beaucoup de sacrifice et très, très peu de support… Nous sommes partis à l’étranger dans un système où l’académique est important, mais le reste (sport, art, vie en communauté…;) est tout aussi important. Nous ne sommes qu’au début donc il est encore bien trop tôt pour faire un bilan…

  • konrad dit :

    Petite question.
    Y-a-t-il des possibilités en France, des dispositifs permettant aux enfants comme la votre de créer un partenariat avec une université / une équipe de chercheur sur un sujet de façon à approfondir une matière en parallèle de son suivi des cours de 4ieme ?
    J’entends que cela peut exister à l’étranger?
    Encore faudrait-il qu’elle ait une passion identifiée pour une matière académique en particulier?
    Mais avoir un projet personnel (écrire un livre, ou mener à bien un projet de recherche, on bien suivre des cours plus avancé dans une matière) pourrait la maintenir sur ses doigts de pied (expression anglophone traduite à la barbare) ?
    De notre coté, l’ennui se manifeste assez vite par une perte d’appétit pour la vie, une sorte d’apathie générale, et de perte de sourire. Mais jusque là on s’en sort toujours par l’identification d’une nouvelle “passion” (un sujet de prédilection, une petite obsession, et même tout simplement un nouveau roman de 600 pages – histoire que ça dure qq jours). Jusqu’au jour où ça ne suffira plus …
    Bon courage
    k

    • La Fille dit :

      Merci.
      Sa passion c’est l’équitation. Pas de sport5etudes, ça aurait été l’idéal.

      Elle aime les maths, physique, astronomie, SVT…
      De là à participer à des cours d’université…

      Mais oui j’ai vu ça à l’étranger

      • Baptiste dit :

        Sans aller jusqu’à essayer de trouver un partenariat avec une université, est-ce que ça pourrait valoir le coup de mettre en place des projets d’apprentissage autonomes avec votre enfant ?

        En réfléchissant juste comme ça, on pourrait imaginer :
        – l’étude de l’anatomie d’un cheval et des blessures les plus communes
        – les comportements sociaux des chevaux et autres équidés (qui me fait penser à ce petit livre ludique du youtubeur / biologiste Léo Grasset https://www.amazon.fr/coup-girafe-savants-dans-savane/dp/2021219275/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1476368102&sr=8-1&keywords=le+coup+de+la+girafe)
        – la mesure des trajectoires et des foulées d’un cheval par rapport à différents obstacles
        – les caractéristiques des différentes races de chevaux qui ont évolué selon leur niche écologique
        – l’importance du cheval dans différentes cultures (cosaques, Amérindiens, mongols, tinkers)

        Chacun de ces projets pourrait faire l’objet d’un travail de recherche (sur l’ordi, à la bibliothèque, au centre équestre), puis être présenté, par exemple dans un exposé au reste de la famille, ou bien sur un blog dédié.

        J’imagine que vous avez déjà pensé à tout ça, voire que c’est déjà fait. Mais il m’a semblé qu’il pourrait être utile de le suggérer, ne serait-ce que parce que dans le cadre de mon travail, je vois que les projets autonomes sont très motivants pour les enfants à rayures.

        Bonne chance !

  • Myriam Pilles dit :

    On dirait que les personnes qui commentent les problèmes d’ennui de nos enfants sont cousins ! 😉
    Merci pour ce super texte et cette si pertinente métaphore sur le sport.
    J’en ferais volontiers cadeau à quelques personnes de mon entourage…

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