Main dans la main

La Zébrette n’a pas eu un parcours scolaire très linéaire. Mais elle a eu la chance d’avoir toujours rencontré sur sa route des personnes bienveillantes.

En écrivant ces mots, je me rends compte avec quelle facilité ma mémoire occulte les périodes difficiles, de doutes, de colère.

Les périodes où l’instit refusait de me recevoir parce que « tout allait très bien et que ce n’était pas utile » (euh.. une enfant qui pleure tous les jours en rentrant de l’école, non, tout ne va pas très bien, madame la Marquise…), les périodes où l’on opposait à la souffrance que j’exposais face au vide de ses journées « oui mais, 17,5 de moyenne générale… elle pourrait faire mieux » (ouiiii, juste Love Can Do.. il faudrait qu’elle soit un minimum intéressée pour cela), les périodes où l’on ne cherchait pas à comprendre et me livrait les arguments pré-conditionnés, posés sur étagères « la maturité, l’apprentissage social, le temps de vivre, les copines, le stress…. ».

Ma mémoire semble beaucoup mieux retenir les enseignants et directeurs d’établissement qui l’ont acceptée pour ce qu’elle était, qui nous ont accompagnés, qui l’ont aidée, qui l’ont sauvée aussi…

J’ai toujours pensé que l’école ne pouvait fonctionner que si parents et équipe éducative se donnaient la main, pour avancer dans le même sens : celui du bien-être de l’enfant.

J’ai toujours pensé aussi, que si la volonté était là, les moyens n’étaient pas pléthores et que les solutions idéales n’existaient pas. Il restait les solutions tout court… à construire.

Ce dialogue, ce chemin, main dans la main, tripartie, l’enfant, les parents, l’équipe éducative, n’est pas toujours possible. Et pas toujours à cause des troisièmes !!!

J’ai vécu et j’ai lu les frustrations accumulées quand cela n’est pas possible. J’ai senti la colère monter. J’ai senti la douleur multipliée, chez les uns, chez les autres. Et j’ai vu aussi les enfants sombrer.

Comme il est plus facile cependant d’éviter la cassure, plutôt que de réparer ce qui a été cassé.

D’autant qu’au final, les équipes éducatives changent. Mais les parents et l’enfant restent et assument les conséquences.

Mais comme je comprends aussi le regard de l’école. Tant d’enfants et autant de cas particuliers. Tant de parents et autant de cas particuliers. Agir pour le bien de l’enfant. C’est aussi leur but. Mais tellement de choses à faire et si peu de moyens. Si peu de formation aussi. Si peu de connaissance de chacun des sujets, des particularités de chaque enfant. Si peu de certitudes surtout. Ou alors beaucoup trop !

Si chacun est particulier, unique, sur quelle expérience s’appuyer pour se forger une opinion ?

Comment faire la différence entre ce parent qui pousse son enfant, cet enfant qui donne tellement l’apparence d’aller bien, ce parent perdu qui attend tellement de l’EN, ce prof qui est aussi un humain et n’a qu’un partie de la vérité sur l’enfant.

Où est-elle cette vérité ? J’aime la comparer à un miroir brisé. Chacun en détient un morceau.. et beaucoup pensent l’avoir en entier.

Comment échanger, avancer quand chacun est persuadé de détenir l’entièreté du miroir ?

C’est peut-être là les difficultés principales des relations enfant/élève – parent – équipe éducatrice.

Quand j’ai eu un rendez-vous avec la principale du collège de Zébrette, j’avais plusieurs options..

  • Faire une préparation digne de mes plus grandes soutenances clients. Après tout, le bien-être de ma fille vaut plus qu’un contrat client !
  • Lire et relire les quelques articles que je connaissais et pouvant m’aider et me rassurer.
  • Fouiller les forums telle une archéologue passionnée à la recherche de certitudes (mais alors je risque de creuser longtemps !)
  • Ne rien faire et y aller tranquille, juste avec ce que je suis (un peu léger non ?)

 

C’est la dernière option que j’ai choisie cependant.

Un peu surprise de l’accueil (mes doigts ont tapé sur le clavier « éccueil »…  🙁  ). Une principale qui se souvenait de m’avoir rencontrée en Juin, mais vaguement. Un principal adjoint imposant que je ne connaissais pas. Une CPE, avenante, mais que je ne connaissais pas non plus.

D’aucun aurait pu penser à un tribunal. Et j’avoue que l’espace d’une seconde cela m’a traversé l’esprit.

Cependant je me suis raccrochée à mes convictions. Main dans la main !

L’entretien a duré le temps qu’il a fallu. Sans précipitation et sans longueurs.
J’ai dû raconter le parcours de la Zébrette. Et essuyer quelques remarques. (Elle a beaucoup changé d’école tout de même… vous savez combien c’est perturbant)

Alors, garder en tête ce que je voulais… Être telle que je suis. Avec mes convictions.. et mes doutes.. mes choix.. assumés ou pas, bons ou pas… Je n’ai pas la vérité et rien n’est parfait dans la vie. Juste essayer de faire au mieux pour son enfant, jour après jour.

L’équipe m’a écoutée, nous avons échangé, et j’espère juste leur avoir donné envie. Envie de mieux connaitre leur élève, ma Zébrette. Car aucun des trois ne l’avait déjà vue. Caméléon vous disiez ?

J’espère leur avoir mis le doute. Cette enfant qui montre un visage si heureux, un parcours si lisse, qui récolte les appréciations d’excellence comme d’autres les blés aux moissons,  peut-elle vraiment cacher une souffrance qu’elle libère à la maison. Essayons de voir au-delà des apparences.

On a parlé résultats scolaires, ennui, profil spécifique, Wisc. On a parlé du peu de solutions possibles, de l’avenir qui serait identique, problème à reporter d’année en année. On a parlé de différenciation, de volonté des profs, de prise en compte. On a été constructifs.

J’espère que c’est le sentiment que chacun aura retiré de cette réunion.

Le principal adjoint va demander aux profs de différencier. La CPE va rencontrer la Zébrette. Ils seront tous les deux présents au conseil de classe (humm.. Est-ce que dans ce collège les parents délégués assistent à tout le conseil de classe, ce n’était tellement pas le cas dans son collège précédent !) et ils en discuteront…

Personne n’a de solution… Mais nous essayons ensemble de construire ce qui pourrait le plus y ressembler.

 

 

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