Les parents qui angoissent leurs enfants

Forcément, le titre de l’article lu dans Madame Figaro est provocateur (ou pas… hummm). Quand on sait que l’article est de Marcel Rufo et que l’on est parent d’EIP (ou HP soi-même), on s’attend au pire (NDLR: Marcel Rufo nie la précocité et ramène tout cela à des problèmes psychanalitiques mère-enfant).

J’ai failli passer mon chemin.

Mais, comme chacun, il a peut-être / surement une part de vérité. Reste à savoir si c’est une grande ou petite part 🙂

Sans plaisanter, c’est un peu sur la défensive quej’ai abordé la lecture du journal. Lecture que vous retrouverez ici

Ils vivent souvent les difficultés de leur enfant à l’école comme un drame personnel, ou tout simplement comme le drame de leur enfant qu’ils voient aller mal et ils les aident à surmonter leurs problèmes. Si un enfant est en difficulté d’apprentissage sous tendue par un trouble dys… ce n’est pas un drame personnel.. mais l’énergie que les parents mettent pour trouver des solutions, l’enfant n’étant pas en âge de les trouver seul, peut faire penser qu’ils agissent par faille narcissique. Parce que peut-être n’y a-t-il que nos propres problèmes egocentrés qui nous donnent de l’énergie ?

Les parents d’élèves en classes prépas vivent le summum du stress. […]  Ils sont dans le nursing d’enfants qui sont de jeunes adultes postpubères  ! Le phénomène des parents hélicoptères… Oui, mea culpa… Je me soigne… Je navigue entre autonomie et envie de contrôle. Navigation à vue. Quelques écueils évités, d’autres moins…

En pédopsychiatrie, une consultation sur deux traite des difficultés scolaires. Voyez également la crispation suscitée par la réforme des rythmes scolaires, pourtant bénéfique pour les enfants. Je ne demande qu’à le croire (que la réforme des rythmes est bénéfique à l’enfant). Mais quand l’amendement Hamon permet de grouper toutes les heures des TAP sur 1/2 journée (le vendredi après-mdi au hasard)… je me demande ce qu’ont gagné les jeunes élèves de maternelle et primaire. Je me demande quand et où leurs besoins ont été pris en compte!!! Quant au fait qu’une consultation sur deux traite des difficultés scolaires, alors que l’école compte pour moitié au moins dans la vie de l’enfant, je ne vois pas de surprise particulière.

Mais n’exigeons pas de nos enfants qu’ils soient les copies conformes de nos désirs. J’ai porutant l’impression que c’est de moins en moins vrai. Que les enfants ont de plus en plus de liberté quant à leurs choix de vie, que les parents sont de plus en plus prêt à accepter les voies qu’ils choisissent. Les diplômes ne garantissent plus la réussite professionnelle et c’est admis de nombreux parents.

À toi, mon fils ou ma fille, de réussir les études que j’avais rêvées pour moi. Ce phénomène traverse tous les milieux sociaux. J’en suis le prototype : ma fille a intégré Normale sup, l’école où je rêvais d’entrer  ! Ah ben ça… prendre son exemple propre comme illustration démonstrative.. c’est surpremant. Et les parents qui n’ont aucun souci avec leurs études passées, avec leur situation professionnelle actuelle ? Ce n’est pas un peu simpliste comme raisonnement ?

Elle me réveillait à cinq heures du matin pour que je récite mon latin ! Je devais réussir car elle mettait son affection dans mes résultats scolaires. Je suis surprise encore par l’égo-exemple érigé en preuve. Ce n’est sûrement pas le but. Mais un pédopsychiatre médiatique qui défend une théorie et l’appuie de son exemple personnel (et personnifié)… je trouve cela dangereux.

L’alliance parents-professeurs est décisive. Comme quoi, je ne suis pas en désaccord avec tout ce qu’écrit ou dit Marcel Rufo 🙂 Oui et re-oui pour ça!!!!!

« Il faut que tu réussisses comme j’ai réussi », c’est terrible à porter. Bref… si nous avons raté nos études, nous angoissons nos enfants qui doivent mieux réussir que nous.. et si nous les avons réussies, ils doivent les réussir aussi bien (et mieux serait vexant). Pauvres mômes, j’ai l’impression que selon MR il n’y a point de salut.

Plutôt que de se mortifier, expliquons-lui que l’échec fait partie de l’apprentissage. ben encore un point d’accord 🙂 Oui! On n’apprend pas à marcher sans tomber, et l’échec n’est qu’un succès en devenir. Il n’y a pas d’échec, seulement des essais. Maintenant, il faudrait que cette vision soit partagée par la société entière. Que l’école le considère ainsi (et ne décide pas dès la maternelle des succès ou difficultés futures des enfants), que les parents regardent au delà de la fin de l’année, que l’enfant soit imprégné de cette certitude. Il n’y a pas d’échec sauf à ne plus essayer. Alors mettons nous tous en ordre de marche pour changer nos esprits. Enseignants et parents, employeurs et voisins (si , si , ne nions pas le qu’en dira-t-on? qui existe parfois).. Et surtout évitons que le véritable échec, celui qu’est l’abandon, l’abandon de l’espoir, des projets, des tentatives, que ce véritable échec ne se produise.

La réussite, dans le monde d’un enfant et d’un ado, c’est être fort à la récré et avoir des tas d’amis. C’est d’abord être intégré à ses pairs. C’est nécessaire le plus souvent. Pas tout le temps. De là à dire que c’est synonyme de réussite. Il y a un pas que je ne franchirais pas. Nombre d’EIP ne demandent qu’à ne pas être rejeté. Avoir des tas d’amis leur ne leur semble pas un but réaliste. Non pas à cause de difficulté d’intégration (qu’ils ont ou pas) mais parce que philosophiquement, ils n’imaginent pas des amis en nombre. Et des copains, ça ne satisfait pas leur besoin d’engagement profond.

Quelle image les ados ont-ils des enseignants ? Excellente. Si certains se demandent d’où sortent les chiffres diffusés de 30% d’échec pour les EHP.. moi je me demande d’où sort cette statistique (il précise 80%). Bon tant mieux alors! Même si la conclusion du pédopsychiatre est que si il y a mauvaise estime de ses enseignants c’est de la faute des parents qui transmettent leurs angoisses 🙂

Le prapagraphe suivant m’a fait bondir. Aussi je vous le propose en intégralité.

Les années collège sont aussi les plus vulnérables…
À la différence du primaire, les parents cessent de se comporter en « préfets d’études ». Ils interviennent moins dans les devoirs, car ils sentent que leurs ados leur échappent. J’ai suivi un garçon brillant, fils de profs de prépas, qui souffrait des moqueries de ses pairs. Je lui ai dit : « Essayons de dégrader tes notes. » Lui qui avait 18 de moyenne a eu un 14. Il s’est fait des tas d’amis ! Tant qu’il était prisonnier du désir de ses parents, il s’y soumettait. Il avait besoin de s’autoriser le lâcher-prise.

Les images se bousculent dans ma tête, les témoignages des parents, des amis, dont les enfants sous-performent volontairement pour se faire intégrer. J’ai des frissons à imaginer un professionnel expliquer qu’il faut dégrader ses notes pour se faire des amis. Non pas à cause de la moyenne. Mais pour les idées que cela implique ! Je ne vaux que par mes résultats, la médiocrité est la bonne chose, mes bons résultats sont à cacher, ce que je suis ne convient pas, il  faut le maquiller…
J’hallucine !
Est-ce comme cela que l’on renforce l’estime de soi? Change toi, fais semblant, et tu verras, tout ira mieux et tu seras accepté acceptable. Là, c’est normal que tu n’aies pas d’amis, tu es bon à l’école.
On marche sur la tête ou c’est moi ?
J’ai le désarroi des familles dont les enfants ont choisi cette stratégie, certains en l’annonçant très clairement, et qui aujourd’hui galèrent, tant dans la voie professionnelle qui ne correspond pas à celle qu’ils voulaient, mais surtout qui galèrent à trouver leur place. Etre un jeune adulte qui ne s’est jamais autorisé à être ce qu’il est ne facilite pas cette recherche.
Bon, et je passe sur la formulation « essayons ».. Le thérapeuthe n’essaie rien dans cette affaire. Il propose et c’est le jeune qui se démmerde débrouille. Avec ses combats internes.
J’en oublie la phrase de conclusion ! « Tant qu’il était prisonnier du désir de ses parents« !!! Parce que les élèves brillants ne le sont que pour leur parents? Aucune motivation intrinsèque? Aucune valeur intrinsèque? Et que dire alors de devoir être prisonnier de l’image à donner aux autres?

Je me souviens d’une jeune fille brillante qui paniquait parce que ses parents s’inquiétaient de sa dissertation de philo au bac. Elle a eu 19  ! Pas d’avis sur ce cas que je ne connais pas. Mais sur les enfants qui se mettent eux-même la pression.. là j’ai un avis!!!
Quand une enfant de 7 ans pense avec précision à son baccaluréat qui sera le sésame du métier de ses rêves… Quand une enfant de 11 ans te supplie de la changer d’école, au prix de perdre ses amies, parce qu’elle pense à son avenir (alors que les parents eux se félicitent des ses nouvelles relations sociales et la mettent en garde sur son malaise chronique face à tout changement). Quand un élève annonce que sa seule motivation scolaire, face au vide sidéral de ses journées, est d’avoir une moyenne explosive.. Est-ce pour répondre au besoin narcissique des parents ou pour trouver un sens, aussi idiot soit-il, à ses journées, ses semaines, ses années?

Faut-il dire à son enfant « Je suis fière de toi » ou « Tu peux être fier de toi » ?
Je trouve le premier dominateur et le second insuffisant. Je préfère « Tu es notre fierté  ! », qui le met sur un piédestal et abaisse notre rôle d’un cran. Alors on dit quoi (sa proposition me parait bien ressembler à la première option)? Bon, perso, je n’utilise pas le premier car j’ai bien l’impression d’usurper un succès qui n’est pas le mien. J’appuie la seconde de compliments factuels.. et de bisous 🙂

Mais il faut aussi respecter ce qu’ils veulent devenir, en leur laissant autonomie et liberté. Allez, nous finirons cet article sur un point d’accord. J’ai juste l’impression que c’est le souhait d’une majorité de parents!

« Tes yeux auront peut-être la couleur des miens. Ton sourire ressemblera peut-être au sien. Mais tu seras unique, et jamais tu ne seras ni moi, ni lui, ni nous. Nous te dirons ce que nous savons. Nous t’enseignerons ce que nous croyons. Mais toi, tu traceras ton chemin, qui ne sera ni le mien, ni le sien ,mais le tien, ton chemin de liberté. ».

3 Comments

  • Et toujours cette idée que si on n’a pas d’amis c’est parce qu’on est premier de la classe et qu’il faut donc se rabaisser pour s’en faire!! Quel idiot! Ma zèbrette est première de sa classe avec 17 de moyenne générale depuis toujours (aujourd’hui en 4e) et elle a plus d’amis que ses deux frères réunis n’en ont jamais eus! C’est d’ailleurs pour ça qu’elle refuse le saut de classe. Et ses amis ne sont pas forcément des premiers de classe.
    Tout dépend du caractère de l’enfant.
    Je trouve criminel de renforcer l’idée que pour se faire des amis, il faut cacher son potentiel et ses capacités.

  • Quelle déception ! comment se peut il que ce pedopsy n ai rien compris à la précocité de nos enfants ( et à la nôtre, mère indigne ) ?
    L’ exemple qu’il cite – l’enfant qui ayant baissé ses notes sur ces précieux conseils se fait des copains enfin – n’est certainement pas un zèbre !!!
    1: il n aurait eu besoin de personne pour cette expérience de négation de lui-même.
    2: il ne se serait pas fait un seul ami de plus….

  • Je déteste ce « psy » de supermarché ! Cet article ne fait que renforcer ce sentiment… On rame toute l’année avec nos louloust et cet abruti vient dégommer tous les efforts accomplis ! C’est vraiment une plaie ce bonhomme !!!!!!

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