Elle s’appelle Juliette

Une année qui commence, nous sommes en Janvier, il y a tout juste 2 ans.
Une famille heureuse.
Des sœurs unies.
Des bonnes résolutions… certainement.

Une nouvelle page de vie qui commence avec l’année neuve.

Ce 2 janvier, l’ado de 14 ans, la cadette, Juliette, remonte dans sa chambre, alors que la famille s’installe pour regarder un film. Elle se change, se maquille, se boucle les cheveux. Elle prend son sac et sort.

Sa mère lui demande de rentrer avant 18h00. Elle répond : “Oui, oui, t’inquiète. A tout’!“.

Une heure après, elle se jette sous un train.

Cela pourrait être une horrible et banale histoire de suicide d’adolescent. En 2012, il y a eu 19 garçons et 10 filles de 10 à 14 ans qui se sont donnés la mort. Boris Cyrulnik annonce que “À peu près 30 à 100 enfants se tuent chaque année, mais on peut penser qu’un grand nombre d’accidents sont des analogues suicidaires“.

Et pourtant, tout comme Fabienne Le Clauze, la maman de Juliette, je voulais comprendre ce qui avait mené cette adolescente brillante et sans problème à commettre l’irréparable.

Brillante… c’est en filigrane dans le livre, explicité une fois, mais toujours présent. C’est ado de 14 ans était en seconde, se destinait à être pilote de ligne. Elle réussissait ses études, ses relations amicales, sa passion la gym… Elle n’était pas harcelée, elle avait une bande d’amis, elle était aimée, reconnue, admirée…. Cette adolescente de 14 ans, tout comme ses sœurs ainées,  était THQI.

Comme beaucoup de parents, l’adolescence est une période que je redoute. Le QI n’a rien à voir à l’affaire. Et comme beaucoup de parents, j’espère le meilleur pour ma fille. J’espère, certainement naïvement, lui éviter les affres et les tourments d’une période, qui, à moi, n’a pas laissé de mauvais souvenirs.

Alors quand une ado qui a quasi l’âge de ma fille se suicide… je veux savoir pourquoi… Pour comprendre, mais aussi, (surtout ?), pour me dire… “non, elle ne ressemble pas du tout à la Zébrette, la situation est bien différente, cela ne peut pas se transposer…”

Bon, OK… on peut transposer l’âge, le THQI la seconde… mais c’est tout n’est-ce pas ??!!

Bon OK.. elle aussi dit à sa mère que c’est la meilleure maman du monde. On doit être ex-aequo.

Quand je lis “depuis toute petite tu te refermes comme une huitre lorsque le sujet est difficile à aborder“, cela ne peut pas avoir de rapport avec toi. Pourtant je sais instantanément que j’ai écrit cela sur ce blog, parce que c’est tellement toi! .. “Les colères de la Zébrette ne sont pas explosives, c’est de la colère contre elle-même, qui la fait se fermer comme une huître, et demander silencieusement de l’aide pour se sortir de ce sentiment qui l’envahit.” ().

Quand Fabienne rejoint sa fille dans son lit, pour un câlin et qu’elle écrit “j’ai appris à déployer des trésors de patience pour t’encourager à te débarrasser de tes préoccupations” et que je lis comment sans un mot elle partage la tristesse inhabituelle de sa fille, comment elle arrive à lui faire lâcher “j’ai fait une bêtise“, je n’ai aucun mal à imaginer la scène, je l’ai vécue tant de fois…  Et quand la bêtise en question est d’avoir embrassé un garçon, je souris presque. Parce que je t’imagine tellement pouvoir me dire cela. J’imagine tellement le soulagement de la mère de Juliette.. Ah ce n’est que ça… mais ce n’est pas une bêtise…..

Si je t’ai retrouvée, ma Zébrette, au fil des pages, il y a, heureusement, plusieurs passages du livre qui m’ont permis de continuer, en me disant lâchement, “non, ça.. ce n’est pas la Zébrette”… N’empêche que… il y en a tellement que tu as vécu, ou que tu aurais pu vivre….

Il reste une ado qui est fusionnelle avec sa mère et qui n’a rien dit. I reste une ado très proche de ses sœurs et qui n’a rien dit… Une ado qui est élevée dans la bienveillance et l’écoute, la parole et la compréhension, et qui n’a rien dit. Une ado qui avait des amis, et qui n’a rien dit.. Une ado qui avait tout pour elle…. mais à qui il manquait juste une chose, une seule….. et qui n’a rien dit….

Ce livre est bouleversant… ce n’est pas une surprise.

Et il me fait poser plein de questions.. Regarder différemment les petits signes.. Penser très fort à mon amie dont l’ado ne va pas trop bien en ce moment..

C’est le livre d’une mère que deux choses font tenir… Le besoin de comprendre, de tout retracer,  et le soutien de Patrick, le père de Solène, qui elle aussi a choisit le train pour finir ses jours (pour ceux qui ne connaissent pas Solène, il s’agit d’une des filles de PPDA). C’est aussi le livre d’une famille, qui avance de manière différente, sur la route du deuil.

Vous verserez certainement des larmes…  Mais en apprenant à connaitre Juliette, vous connaitrez certainement un peu plus votre ado personnel(le)…

Fabienne Le Clauze - A Juliette.

 

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