Sur le chemin du TSA : A l’école…

Elle est entrée en maternelle à 2 ans 1/2 et fichtre qu’elle attendait ce moment là avec impatience.

Jour de rentrée

Je n’ai guère de souvenirs de cette première année de TPS, si ce n’est qu’elle fut trimbalée de classe en classe d’Avril à Juin car sa maitresse était absente non remplacée.  Les remarques que j’avais concernaient plutôt son avance scolaire que son comportement.

Elle était déjà une élève appliquée et studieuse et les seuls incidents notables étaient ses évanouissements. 

Bon d’accord, dit comme ça, ça peut impressionner. Mais elle faisait des spasmes du sanglot (comme j’en faisais également à son âge) qui ébranlaient plus les autres adultes que moi. Depuis la maternité, elle pleurait à devenir bleue-violette et reprenait sa respiration in-extrémis… Jusqu’aux jours où elle n’est plus arrivée à la reprendre à temps. 

C’est l’année suivante que les remarques des enseignants ont commencé. Nous avions changé d’école (car avec la santé du Gars, je ne pouvais pas gérer des absences non remplacées une année de plus) et elle était dans une classe de TPS-PS-MS en petite section.

Son directeur d’enseignant s’inquiétait de ses nombreuses maladresses. Elle tombait tout le temps. J’ai mis ça sur le compte d’une pointure de chaussures trop petite et j’ai acheté une nouvelle paire.

J’admets que cela n’a pas vraiment réglé le problème. Que ce soit en marchant, à table, ou ailleurs, sa maladresse était (et est toujours) quotidienne. Mais je n’allais pas laisser ces détails nous gâcher la vie. Des gobelets en plastique pour tous aux repas et voilà. 

A côté de cela, elle a commencé l’équitation avant son 3° anniversaire et a fait du vélo sans roulette, l’été suivant.  Elle nageait déjà sans brassard (et en apnée) depuis l’été d’avant.  Alors, si j’ai pensé dyspraxie… cela ne s’est pas ancré comme une évidence. 

Lors de la fête de l’école, en Juin, j’ai appris au détour de conversations, qu’elle était seule aux récréations. Elle ne semblait pas s’en plaindre et recherchait la présence des adultes. De l’extérieur, c’était une enfant épanouie qui aimait l’école.

Un incident aurait pu m’alerter. Mais il est tellement simple de revisiter le passé avec l’éclairage du jour. C’était le spectacle de fin d’année. Elle était heureuse d’y participer. Nous avions confectionné les costumes ensemble. Elle devait jouer une planète du système solaire (et avec d’autres la ceinture d’astéroïdes). Les chansons étaient sues à la perfection. Elle était impatiente. Pourtant, si le spectacle se passa bien, ce sont des photos d‘une enfant en larmes que je garde du tableau final (et aucune avec le sourire durant le spectacle). Je me souviens très précisément des réflexions de son père qui ne comprenait pas les raisons de ce déferlement. Je ne le connaissais pas non plus. Mais je l’accueillais tel qu’il était. Quelques années plus tard, je n’aurais pas hésité : le bruit, le monde, les lumières, la fatigue. Elle a supporté tant qu’elle a pu.  Elle n’a pas pu jusqu’au bout.

C’est entre deux portes, un soir où je venais la récupérer, que me fut proposé le saut de classe. Elle intégra donc une classe de GS-CP à la rentrée suivante. 

Elle suivait donc plusieurs camarades de MS et il n’y avait pas de raison que cela pose problème. D’ailleurs elle obtint 100% aux évaluations diagnostics de rentrée.

Elle adorait son enseignante qui le lui rendait bien. Cette dernière disait que la miss avait ensoleillé ses deux dernières années professionnelles avant sa retraite.

Ce que je n’avais pas remarqué durant ces deux années, c’était les difficultés d’écriture. Nous parents, ne voyons guère que les cahiers. J’avais bien noté son perfectionnisme. Son besoin de refaire les lettres imparfaites. Sa manie de les « dessiner » plutôt que de les écrire. Mais si il y avait un souci, son enseigante expérimentée m’en aurait parlé non? Et puis, les parents ne rêvent-ils pas de copies telles que celle-là? Pourquoi aller chercher plus loin?

J’ai mis très longtemps, trop longtemps pour me rendre compte qu’elle était dysgraphique. Les enfants HP compensent tellement. D’ailleurs son bilan graphologique mentionne que sa maîtrise de l’orthographe et de la grammaire font qu’elle compense sa lenteur d’écriture en dictée. C’est peut-être la raison pour laquelle tout le monde est passé à côté…

Si je les mentionne ici, c’est que la dyspraxie et la dysgraphie sont des comorbidités courantes du TSA. Certains ne manqueront pas de préciser qu’elles sont (quasi?) toujours présentes avec l’Asperger. Je ne le savais pas. 

L’année de CE1 fut une annus horribilis. Elle supporte mal l’école, les enfants avec qui ça ne se passe pas bien, (Ce qui érafle les autres me déchire. Flaubert), la maîtresse qui est injuste avec ses camarades, qui crie, et lui refuse de “corriger” les devoirs qu’elle fait spontanément en plus. J’essaie de parler à la maîtresse à Toussaint, c’est difficile car elle me refuse un rendez-vous au prétexte que tout va bien . Au retour des vacances je crois que ça va mieux, Zébrette ne pleure plus. Du moins le croyais-je, avant de découvrir qu’elle le faisait en cachette sous sa couette. Cet état de fait, ajouté à quelques anecdotes, m’ont fait pousser la porte d’une psychologue spécialisée dans les HP. La suite… c’est ce blog!! J’ai essayé de comprendre pourquoi ça n’allait pas avec les enfants. Elle était pourtant invitée aux anniversaires. Elle y allait joyeuse. Mais elle refusait que je quitte les lieux et s’isolait rapidement. Je trouvais cela étrange mais je respectais son besoin de solitude, sans trop y trouver matière à m’interroger. Il faut de tout pour faire un monde. Le décalage d’âge lié à son saut de classe ne pouvait pas être une interprétation recevable. Ils étaient 5 enfants à avoir glissé de classe cette année là. le bilan démontrant son THQI homogène devait suffire à tout expliquer : son ennui, son décalage, son refus de l’injustice, son hypersensibilité… Et moi, je découvrais. je lisais toute la littérature, de façon exhaustive. 

Nous avons changé d’école aux vacances de Noël. Elle est arrivée dans une classe à petit effectif (15 élèves) en Ce1 avec une maitresse extraordinaire. Cette année là, elle a côtoyé le pire et le meilleur des enseignantes de sa scolarité. 

Elle n’a pas d’amis. Les relations aux autres enfants sont compliqués. Elle me raconte sa solitude. Son isolement. Pourtant, quand je peux la récupérer à la sortie, en général pour les vacances, je les vois les autres enfants. Je les vois qui veulent jouer avec elle. Je les entends qui l’apostrophent gentiment en lui souhaitant de bonnes vacances. 

Un jour, j’ai un rendez-vous à l’école et je peux l’observer depuis une fenêtre de l’étage où je patiente. Elle est en cours de récréation. Elle joue avec les autres, très normalement. Puis d’un coup, comme si elle saturait, elle s’éloigne. Brutalement. Pas dans ses gestes, mais dans la soudaineté de sa réaction et dans l’incompréhension dans laquelle elle laisse ses camarades. Ca confirme ce que j’avais déjà remarqué. Elle ne “supporte” pas la relation aux autres longtemps. . Comme si c’était un effort qui provoquait un besoin indispensable de se ressourcer. Ca a posé des problèmes quelques années plus tard. Dans ces moments-là, si les “amies” essaient de la consoler, c’est pire et elle peut se débattre pour s’isoler. Je lui ai proposé la technique des bracelets de couleur. Vert… tout va bien, on peut jouer. Orange… j’ai besoin d’être seule. Et comment faire passer le code à une personne de confiance qui sera en charge de l’expliquer aux autres. 

Bien sûr qu’entendre les plaintes de son enfant quant au manque d’amis est inquiétant pour des parents. Mais la Zébrette ne se plaignait pas souvent. J’avais beaucoup de mal à doser son ressenti. Trop plein lié à un incident du jour sans importance, ou fenêtre ouverte, l’espace d’un instant, sur sa profonde solitude intérieure.  Il est certain qu’elle avait une part de responsabilité importante dans les difficultés de communication avec autrui. 

Elle disait passer ses récréations / cantine seule. Je ne savais que penser entre son ressenti et la réalité. Mais je suis passée une autre fois devant l’école à l’heure de la récréation. Elle était seule près d’un arbre qu’elle entourait.  Puis s’est assise au pied de l’arbre. Seule. Était-ce volontaire ou subi? Était-ce une situation isolée ou récurrente?  Jamais un enseignant ne m’en a parlé et les quelques fois où j’ai évoqué le sujet avec eux, ils m’ont retournée l’image d’une mère surprotectrice et indûment inquiète. 

Elle a sauté le CE2 sur proposition de l’école. Après 1 an et demi, elle changera d’établissement, pour intégrer un CM2 dans un groupe scolaire lointain (30km) dans le seul espoir d’être admise dans le collège EIP friendly qui le composait. 

Elle n’arrive à créer des liens sur aucune année scolaire. Et si des enfants vont vers elle, elle n’a aucun atome crochu et ne veut pas “une relation pour une relation”, elle recherche l’amitié exclusive et je constate souvent qu’elle ne sait pas mettre les distances convenables dans une relation. Un tout nouveau connu peut devenir son ami d’un coup. Mais bien évidemment ce n’est pas réciproque. En groupe, elle peut être parler fort, rire bruyamment, sembler « excitée », tout est surdosé, à l’inverse de ce qu’elle est en réalité;

Au collège, depuis la 6° elle souhaite un saut de classe pour lutter contre l’ennui.  Elle n’a pas d’amis selon elle. Mais nombreux sont les prénoms qui reviennent dans ses conversations. J’ai toujours eu du mal à savoir ce qu’il en était en réalité. Sa réalité.

Un autre incident peut expliquer que personne n’ait jamais rien vu, voire que chacun ait ignorer mes signaux d’alerte.  C’était peu après la rentrée au collège. Quelques jours en « classe d’intégration ». Le premier soir, elle m’appelle en larmes. Ca se passe mal avec sa cothurne. Son désespoir est flagrant. J’active mon réseau. Je textote à une maman que je sais être amie avec la prof principale de ma fille afin qu’elle la contacte. Juste pour qu’elle vienne voir et s’assurer que ça va aller. J’explique à la Zébrette qu’elle doit en parler à sa prof principale. Alors que ma fille est toujours en larmes au téléphone, j’entends l’enseignante (le réseau a rapidement fonctionné) qui passe devant la chambre et lance « Ca va Zébrette?« . Et là, c’est comme si j’étais sur place, dans la chambre. Je vois (et pour de bon j’entends) Zébrette ravaler ses larmes, reprendre son souffle et lancer d’un ton enjoué « Oui très bien madame« , attendre le départ du professeur et retomber dans un torrent de larmes. Cette enseignante apprendra à connaitre ma fille et lui répètera tout au long de l’année « Tu es toujours souriante et joyeuse… mais je sais que ce n’est pas vrai tous les jours. Il ne faut pas te forcer à sourire quand ça ne va pas. Il faut le dire. Tu peux nous le dire. Arrête de faire semblant. « .  Faire semblant, une seconde première nature pour la Zébrette. 

Chaque année de collège se passe scolairement bien au premier trimestre. Puis dès janvier, elle laisse éclater insupportable ennui qui la ronge. Comme pour ses relations « sociales », elle laisse se déverser le trop plein par à-coups. Un soir, elle explique, pleure, décharge. Puis n’en parle plus durant plusieurs semaines. Et recommence.

Comment savoir? 

Elle demande à changer de collège pour l’entrée en 4° afin d’espérer un saut de classe qui lui est refusé dans celui-là. Elle semble au bout de ce qu’elle peut supporter comme ennui. 

En 4°, je lui dis que je ne suis pas pour ce saut de classe (égoïstement car elle partira trop tôt de la maison) mais que si c’est son choix et sa démarche je la soutiendrai. Je sais qu’elle sera trop timide pour aller voir la direction. Depuis toujours, mais j’y reviendrai, l’adulte lui fait peur. Et si il s’agit d’un adulte revêtant une once de représentation de l’autorité ou de la loi, elle est pétrifiée. Elle n’irait jamais les voir!  En fait, elle leur a écrit. Deux fois. Et a résisté, seule, aux entretiens avec la direction, que cela a provoqué. Elle a sauté la 3°. Elle est arrivée en seconde à 12 ans. Elle a de très mauvais souvenirs de sa 4° dans ce nouveau collège. Une mauvaise ambiance de classe et toujours, cet isolement. Pourtant, certaines filles de sa classe étaient avec elle dans son club d’équitation. Ca aurait pu les rapprocher. 

L’année de seconde se passe plutôt bien. Elle a enfin une amie. Mais elle a un rêve. Intégrer la section Sport-Études du lycée agricole « du coin » (bon 20 km sans transport scolaire toute de même).

Ce sera donc un nouveau changement d’établissement pour l’entrée en 1ere S.

Je raconterai dans le billet consacré à sa relation aux autres la journée qui m’a convaincue que ce n’était pas « normal » de ne jamais se lier avec personne.  C’est la journée de sélection pour être acceptée en Sport-Études. J’ai assisté à cette journée du matin au soir. J’ai donc eu le temps d’observer, d’analyser, d’essayer.  Je crois que c’est ce jour là où l’autisme n’a plus eu de doute et a été l’explication première de ses comportements. Josef Schovanec a bien raison…. cela n’a rien à voir avec le HP.

 Pour l’anecdote et le clin d’oeil à une amie qui se reconnaitra, Mymie, nous discutions des sauts de classe multiples, elle-même ayant sauté 3 classes et ayant des enfants avec autisme. On en venait à parler des 3 sauts de l’Ado. Elle faisait le compte des personnes qu’elle connaissait avec 3 sauts…. pour en arriver à la conclusion qu’il étaient tous Asperger diagnostiqués…. sauf l’Ado…  Et à travers nos écrans, claviers interposés, avec l’aide efficace des smileys… je voyais son sourire de connivence et plein de sous-entendus.

Les sauts de classe de l’Ado, m’ont toujours paru nécessaires et surtout n’ont jamais posé le moindre problème scolaire. Est-ce que cette différence, qui pour moi n’en était pas une, était le signe d’un TSA? Devait-on être Asperger pour « avaler » sans difficulté 3 sauts de classe? Le lien ne me semblait pas couler de source.

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