Sur le chemin du TSA : Les règles…

Elle n’a pas 2 ans, quand elle est juchée sur le banc, les coudes sur la table familiale. Nous discutons tous, entre amis, elle observe la scène. Elle s’éloigne et se dirige vers le coin de la pièce. Elle s’y poste, le nez contre le mur. Un peu surprise, j’attends quelques instants, puis je vais la voir pour lui demander ce qu’il se passe. « A fait bêtise » dit-elle en me montrant le verre renversé sur la table.

C’était la première, mais loin d’être la dernière fois qu’elle s’auto-punissait.

Cela a fait sourire les adultes présents, et ceux à qui je raconte l’anecdote. Mais faire entendre à une enfant têtue que renverser un verre n’est pas une bêtise ou que si il doit y avoir punition, elle est donnée et adaptée par les parents, ce n’est pas une chose aisée.

Sa rigidité par rapport aux règles, réelles ou supposées, devient tangible. 

Elle a 3 ou 4 ans quand elle fait les courses avec sa grand-mère. Elle connait le magasin que nous avons l’habitude de fréquenter et il y a un bibelot, au rayon bébé qui la tente bigrement. Je ne saurais dire comment cela s’est passé, mais la grand-mère achète ce bibelot tant convoité (étonnant non? 🙂 ). Arrivées à la caisse, alors que l’aïeule le dépose sur le tapis roulant, Zébrette fond en larmes. « Maman ne veut pas que je réclame quelque chose quand on fait les courses… Je ne le veux pas« . Il fut impossible à ma belle-mère de lui faire entendre raison et le bibelot est resté au supermarché. 

Un peu à la même époque, un incident similaire est survenu au village. La grand-mère et la petite fille étaient au marché et se sont arrêtées à la terrasse d’un café. La grand-mère demande à l’enfant ce qu’elle veut boire. Un Coca-Cola. Puis, la Zébrette fond en larmes : « Non! Parce que Maman ne serait pas d’accord. Elle ne veut pas que je boive du Coca-Cola!« . 

J’espère que les services sociaux n’ont pas été prévenus qu’une enfant était traumatisée par sa mère!

Elle avait 3-4 ans quand les émissions de Super Nanny avec Kalthoum (Cathy) Sarraï  nous ont fait découvrir le quotidien de parents dépassés et de jeunes enfants pour le moins turbulents. Mon encore-bébé qui ,’imaginait pas enfreindre une règle, était effarée. Elle me disait des phrases telles que « mais ces parents n’aiment pas leurs enfants pour leur laisser faire tout et n’importe quoi« , « mais les enfants n’ont aucune règle« , « mais les parents n’ont ps le droit de laisser les enfants faire de telles bêtises« . Le passage « Super Nanny écrit les règles de la maison » était son préféré.

Elle m’a alors demandé la même chose. Le fait qu’elle ne sache pas les lire ne l’arrêtait pas. J’avoue avoir profité de la situation pour « interdire » certains comportements qui m’agaçaient. La première de toutes les règles étant « Je ne chouine pas pour demander quelque chose« . Étonnamment, cela a très bien fonctionné. Deux ou trois fois, je l’ai amené gentiment devant la porte de sa chambre pour lui relire la règle numéro 1. Et ce tic lui a passé. c’est agréable de n’avoir jamais à élever la voix.

Il n’y a pas pire punition pour elle que de m’imaginer fâchée. Un sourcil froncé suffit. Mais en fait, c’est compliqué. Non que je me plaigne, loin de là. Mais si certains parents ne passent pas une journée, une semaine sans punir leur enfant, moi je ne les passe pas sans essayer de la dé-punir. Sans dépenser une énergie folle et inventive pour lui expliquer qu’elle n’a pas enfreint quoique ce soit, que son comportement est correct, que je ne suis pas fâchée, qu’il n’y a aucune raison pour que quelqu’un le soit.

Il n’est pas facile de gérer les angoisses que génèrent les règles quand on en sait pas quoi faire pour la respecter.

Depuis, les règles qui sont restées des années affichées sur la porte de sa chambre, ont été remplacées par celles-ci.
Elle avait peut-être une dizaine d’années quand je la laisse devant la boulangerie tenue par la maman d’un camarade de classe pour qu’elle achète un goûter pendant que je faisais une course rapide au magasin d’en face. Je ressors moins de 5 minutes plus tard pour la trouver en larmes sur le pas de la boulangerie. A l’intérieur, une personne passait une pièce (euh, une serpillère). Et la Zébrette pas encore Ado ne savait pas. Elle ne savait pas si elle avait le droit d’entrer malgré le sol humide, ou si elle devait attendre dehors. Demander était hors de sa portée, il lui aurait fallu parler à une adulte inconnue. Le conflit intérieur était tel, l’angoisse générée également, qu’un torrent de larmes a terminé d’inonder le sol du trottoir pour le mettre en harmonie avec celui de la boulangerie.  Rassurer, expliquer, accompagner…. Les verbes qui rythment mon quotidien 🙂 

En 2008, le Gars sort d’une de ses nombreuses hospitalisations. Il ne peut rester dans un lit « standard » et ne supporte plus les lits médicalisés au milieu du salon. J’investis donc dans un lit électrique. Nous sommes samedi, il rentre lundi. Je n’ai pas le choix ni le temps. Nous allons avec Zébrette dans uen immense zone commerciale à 1 heure de chez nous, pour maximiser nos chances de trouver notre Graal. Je l’ai trouvée (au passage, alors que je signais le bon d’achat, dans un coin du magasin, la Zébrette, à l’autre bout lance un tonitruant « Maman, je t’aime » qui a fait fondre l’ensemble du personnel et des clients présents 🙂 ) mais il fallait que je puisse le ramener à la maison. Le vendeur m’aide à charger la voiture, baisser les sièges, monter la galerie. Il y en avait partout. Mais pas de place pour le siège auto de la miss, sauf sur le siège avant. J’ai fait tout le trajet retour avec une enfant en larmes qui lançait sans interruption « j’ai pas le droit d’être devant. Si les policiers nous arrêtent .. j’ai pas le droit« 

Nous habitons au fond d’un chemin privé d’une centaine de mètres. Des amis à la maison. Ils ont oublié je ne sais quoi chez eux, trois rues plus loin. Notre amie propose à Zébrette de l’accompagner le temps de faire l’aller-retour. Elle accepte enchantée (non sans m’avoir demandé l’autorisation). Quelques instants plus tard, bien trop courts pour qu’elle ait pu faire le trajet, mon amie revient. « Je te la laisse, je ne peux pas l’emmener. On n’était pas au bout du chemin qu’elle hurlait « je n’ai pas le droit, il n’y a pas de siège auto« , pourtant je lui avais mis la ceinture« 

Une autre anecdote, un jour de festival d’Avignon. Nous attendions l’heure du spectacle dans un parc public. Elle nous demande l’autorisation d’aller jouer dans un petit amphithéâtre, à portée de vue. Autorisation que nous lui donnons sans hésitation, les enfants qui y jouaient déjà devaient la tenter. Notre autorisation ne suffit pas :  « Oui mais, il faut d’abord trouver le gardien du parc, pour s’assurer qu’il est d’accord!« .

En grandissant, la rigidité vis à vis des règles ne se dissipe pas. Mais c’est de plus en plus difficile à être compris ou accepté. Cette année encore, alors qu’elle est conviée par le Coach à la fête de Noël du club, elle se fait une joie d’y aller. Une joie vite dissipée par l’angoisse. « Ai-je bien compris? Suis-je vraiment invitée? Ai-je le droit d’y aller? Est-ce qu’on ne va pas me regarder bizarrement? Ne va-t-on pas me demander ce que je fais là? Maman, reste avec moi…« . Tout est occasion à angoisse. 

Elle était très demandeuse du diagnostic Asperger, mais trouver un rendez-vous qui n’empiète pas avec un cours « parce qu’on n’a pas le droit de manquer les cours » fut une belle gageure. Elle a une bonne étoile au dessus de la tête. J’ai reporté le premier rendez-vous après m’être rendue compte qu’elle était en voyage scolaire. Je l’ai reporté une nouvelle fois (oui j’avais très honte) parce qu’elle était en compétition. Aucune intention de le bouger à nouveau, quel que soit le cours qu’il dérangeait….. il est tombé durant les vacanfes scolaires 🙂

Aucun risque qu’elle ne mente sur un sujet quelconque. C’est hors de sa compréhension. Impossible de lui demander de dire qu’elle avait 6 ans et non 7 pour bénéficier d’une réduction. La seule dérogation que j’ai obtenu, c’est l’an dernier au Salon du Cheval. Les tarifs réduits étaient accordés pour les moins de 13 ans.  J’ai eu le droit de plaider à l’hôtesse de caisse qu’elle avait encore 12 ans…. jusqu’à 16h17!  Il n’y a pas d’arrangement possible avec la Vérité….

Le strict respect des règles est une partie importante de sa personnalité et , de mon avis, une des raisons majeures de son anxiété.

Il faut voir le bon côté de cette rigidité, le côté visible de l’iceberg, celui qui frappe les parents d’ados et les amis. Pas besoin de limiter le temps d’écran, une poignée de secondes avant l’heure annoncée de fin d’autorisation, elle aura rangé sa tablette. Pas besoin de demander de l’aide pour décharger et ranger les courses, elle sera prête sur le pas de la porte dès qu’elle aura entendu la voiture. Pas besoin de hausser la voix : faire ses devoirs est une règle. Pas besoin de répéter quand comme ce soir je lance « Tu peux venir ranger le linge propre que j’ai plié? ».  Pas besoin de supplier pour avoir une aide au ménage « Maman, tu n’es pas la bonne de la maison ». Pas besoin de … La liste est encore longue… mais je veux garder quelques ami(e)s parents d’ados!

2 Comments

  • Et je peux faire un copier coller pour ça : « Il faut voir le bon côté de cette rigidité, le côté visible de l’iceberg, celui qui frappe les parents d’ados et les amis (enfin, je ne sais pas si ça frappe les autres, mais on me dit que j’ai bien de la chance !). Pas besoin de limiter le temps d’écran, une poignée de secondes avant l’heure annoncée de fin d’autorisation, elle aura rangé sa tablette. Pas besoin de demander de l’aide pour décharger et ranger les courses, elle sera prête sur le pas de la porte dès qu’elle aura entendu la voiture. Pas besoin de hausser la voix : faire ses devoirs est une règle (je ne lui ai jamais demandé où elle en était dans ses devoirs…;). Pas besoin de répéter quand comme ce soir je lance “Tu peux venir ranger le linge propre que j’ai plié?”. Pas besoin de supplier pour avoir une aide au ménage “Maman, tu n’es pas la bonne de la maison” . « Bon, ça, elle ne le dit pas…Mais j’ajoute que la mienne s’occupe de ses frères, qu’elle leur demande où ils en sont dans leurs leçons, leur fait réciter si besoin, leur prépare des listes de vêtements et autres à mettre dans leur valise quand on part en vacances…

  • C’est « marrant » (ou pas ?), on a exactement les mêmes anecdotes concernant les règles avec notre aînée. Sarah devait avoir 21 mois quand, de la chambre où je faisais les valises, je l’entends s’exclamer « Oh non, dêtises, dêtises ! ». Je vais voir, et elle se tenait la tête en répétant ça… Elle avait colorié avec ses feutres sur le carrelage (donc comme je lui ai dit, c’était effectivement une bêtise, on colorie sur sa feuille et pas ailleurs, mais ce n’était pas très grave car ça se nettoyait très facilement, et je pense qu’elle m’a d’ailleurs aidée à nettoyer). Pareil, elle était du genre à se punir elle-même, et a toujours été très à cheval sur les règles et sur les âges (encore maintenant, je lui ai dit que cet été, elle elle pourra dire qu’elle aura 15 ans au lieu de 14, mais non, hors de question de mentir). En début de CE2, à 6 ans donc, j’ai dû revoir les règles de la classe avec elle, car elle avait dénoncé des copines qui mangeaient des bonbons en classe. On avait vu que si les autres faisaient quelque chose de défendu, mais qui ne mettait personne en danger, il ne fallait pas les dénoncer (et elle a bien compris la leçon, elle a tenu sa langue, jusqu’à ce que des filles au collège jouent avec du feu et des déodorants, donc elle s’est arrangée pour le faire savoir à la prof sans qu’on sache que ça vienne d’elle, et sans nommer les coupables). Cette année, elle est en 2nde, et m’a sorti : « Mais si on est sur une grande route pour traverser, que le feu pour nous est rouge et qu’il y a des voitures qui arrivent au loin, dois-je obligatoirement traverser parce qu’on est pressés ? ». En fait, ses copines lui en veulent parce qu’en allant en sport, elles n’ont pas beaucoup de temps donc traversent quand ce n’est pas leur tour, et Sarah ne veut pas car elle ne veut pas risquer de se faire écraser… Et ça pose aussi des problèmes pour partir prendre le train, car elle se fixe une heure limite qu’elle respecte obligatoirement, alors que sa copine aimerait parfois partir plus tard (quitte à courir ou à manquer le train, sachant qu’il faut quand même attendre une heure pour le suivant). Donc Sarah a un peu la réputation d’être psycho-rigide quant aux horaires et au règles…

One Pingback

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :