J’ai toujours considéré que c’était un privilège de voir les jours s’égrener. Le privilège d’être en vie. Nous vieillissons, certes. Nous marchons un peu moins vite, nous n’avons pas l’énergie d’antan, ni la douceur de la peau, ni le même avenir…

Mais c’est le signe que nous avons vécu et ressenti, que nous avons partagé et éprouvé.

Ceux qui me connaissent savent que la naissance de la Zébrette était un miracle même plus espéré. Des années de batailles…. J’aurais dû me douter que ça n’allait pas s’arrêter avec son arrivée, un beau matin d’hiver 2005.

Alors, je ne sais pas si c’est cela qui a donné un goût et une couleur particulière à notre relation, ou si c’était simplement écrit. Ou si le miracle était plus profond qu’il n’y paraissait, en donnant la Vie à l’enfant qui me correspondait exactement.

Ce qui est certain, c’est que j’ai savouré chaque jour, au cours duquel j’ai pu voir grandir la Zébrette. Chaque instant.

Ils n’ont pas tous été faciles… mais j’ai aimé les vivre. Tous.

La Zébrette a découvert le monde de son berceau, de son tapis d’éveil, de sa maison, de son jardin, de l’hôpital aussi, de l’école, des road-trips en famille, du collège, du lycée. Elle a grillé quelques étapes au passage, tant elle voulait manger la vie.

Ce fut un bébé intense, même si l’expression n’existait pas encore. Mais j’aimais cette intensité. Ce fut une enfant intense. Intense dans ses besoins d’accompagnement. Mais c’en était presque valorisant. Elle comptait sur moi, elle avait besoin de moi…. comme j’avais besoin d’elle.

Il y a quelque chose de magique à voir grandir son enfant et se dire quel joli chemin il emprunte, quel adolescent il devient, quel adulte se dessine.

Et un égoïsme teinté d’orgueil à se dire qu’on n’y est pas pour rien.

Ces mots me guident depuis sa naissance, et j’ai toujours essayé de les respecter. Même quand cela me brisait le cœur.

Tes yeux auront peut-être la couleur des miens. Ton sourire ressemblera peut-être au sien. Mais tu seras unique, et jamais tu ne seras ni moi, ni lui, ni nous. Nous te dirons ce que nous savons. Nous t’enseignerons ce que nous croyons. Mais toi, tu traceras ton chemin, qui ne sera ni le mien, ni le sien ,mais le tien, ton chemin de liberté.

Anne-Laure Fournier Le Ray

En réalité, je n’ai jamais eu le cœur brisé. Juste serré. Une boule d’angoisse qui me coupait la respiration parfois. Depuis la fin du collège en fait. Parce que les jours qui s’égrenaient tintaient comme un compte à rebours.

Un Final Countdown bien moins entraînant que celui d’Europe.

J’ai longtemps attendu les signes de l’Adolescence. Car Zébrette, elle n’est plus. Elle est devenu l’Ado. Quand exactement, je ne saurais le dire. Mais elle a 15 ans à présent. Elle a un bac en poche. Elle conduit une voiture. J’attends encore ces signes auxquels je pourrais me raccrocher me convaincre qu’elle a grandi. Ces yeux levés au ciel, ces soupirs, ces insolences. Pour me dire qu’elle s’oppose et que c’est normal, qu’elle prépare son envol. J’attends qu’elle me pousse à bout pour que j’imagine que cet envol puisse être un soulagement. Mais rien de tel. Rien ou presque qui ne la différencie de la Zébrette.

Un peu (beaucoup) plus de téléphone, des soirées solitaires sur Netflix, des notifications Snap ou Whatsapp qui n’en finissent pas.

Mais sinon….. C’est toujours les câlins, la complicité, les discussions d’avant. C’est toujours les blocages que je déverrouille à grands efforts patients quand elle ne comprend pas assez vite un exercice, les ombres furtives que je reconnais quand quelque chose la tracasse, les peurs que je ressens même si elle n’est pas là, les besoins de fusion physique qui nous ressourcent.

C’est toujours l’Ado serviable et à l’écoute. Elle aussi reconnait les tristesses que je voudrais cacher, se souvient au matin des douleurs que j’avais la veille, s’inquiète de mes journées et de mon équilibre. Elle est toujours là pour m’aider quand je le lui demande et le fait avec le sourire et reconnaissance. Si je la remercie d’avoir ranger les courses, elle répond que c’est à elle de me remercier de les avoir faites.

Alors l’enfance s’en va. Mais à petits pas. sans faire de bruit.
La petite fille est devenue une jeune femme qui ressemble terriblement aux jeunes filles de sa classe, qui pour la plupart sont 4 ans plus vieilles. Comment des yeux étrangers pourraient-ils connaitre la petite fille qui reste à fleur de peau?

L’enfance s’en va… et mon rôle se termine ou presque. Lui dire ce que nous savons, lui enseigner ce que nous croyons… Il faut espérer très fort qu’elle a déjà tout intégré.

L’enfance s’en va… ex-ducare… éduquer…. conduire au dehors…

L’enfance s’en va… Sa vie commence…

L’enfance s’en va…

L’enfant s’en va…

1 thought on “Quand l’enfance s’en va

  1. Magnifique texte… J’aurais pu écrire quasiment le même, même si ma fille n’est pas unique mais l’aînée de trois, et qu’on a la chance de l’avoir encore un an à la maison… Comme Zebrette, elle a toujours été intense, décidée, prête à griller les étapes. On m’a dit hier qu’elle était même insolente avec moi à deux ans… Pour moi, elle a toujours su ce qu’elle voulait, et à deux ans, ce n’est pas de l’insolence, peut-être une façon déplacée d’affirmer sa personnalité… Mais ça n’a pas duré (et elle a toujours été très obéissante et respectueuse avec les autres), et j’ai toujours apprécié les grandes discussions qu’on avait.
    Comme Zebrette, elle en fait beaucoup à la maison (pendant qu’on travaillait la semaine dernière, elle a rangé/ nettoyé des placards et tiroirs de la cuisine, elle plie du linge, elle se met à cuisiner…;), et elle fait beaucoup pour ses frères aussi…
    Elle est responsable, débrouillarde, très mûre (certains profs ont découvert son âge au premier conseil de classe, mais je suis sûre que certains ne l’ont même pas su), mais moi non plus je n’ai pas les signes négatifs de l’adolescence… Elle veut passer du temps avec moi et on va faire de grandes marches, tout en discutant…
    Je ne sais pas si Zebrette a le même souci, mais une seule chose l’angoisse : ne pas avoir 18 ans comme ses copines l’an prochain. Elles vont pouvoir voter, conduire (toutes seules), et même travailler, alors qu’elle sera toujours mineure, et dépendante…

Répondre à Fridou Annuler la réponse.

%d blogueurs aiment cette page :